Histoire de la famille de Gueyer

Mémoires d'une famille franco-russe

Ivan Ivanovitch Geyer (1861-1908)

Ivan Ivanovitch Geyer était un géographe et ethnographe du Turkestan. C’est le père de Georges de Gueyer.

Il est à est né le 23 avril 1860 probablement à Louhansk (où vivaient ses parents), ville d’Ukraine orientale. Alors qu’il était sans doute encore étudiant, il devient militant populiste dans le mouvement appelé Narodnaia Volia à Kharkov/Kharkiv. Il est arrêté et jugé en 1887 lors du procès dit « des 21″. Il est condamné à mort. Puis sa peine a été commuée en 4 années d’exil en Sibérie. Peine qu’il n’exécutera pas car ayant décider de collaborer, le gouvernement russe l’envoie à Tachkent comme responsable du bureau des statistiques du Syr-Daria avec un salaire de 200 roubles.

Il a publié plusieurs ouvrages dont le « Guide de voyage au Turkestan Russe » en 1900 :

guide-de-voyage-au-turkestan-1ere-partie

guide-de-voyage-au-turkestan-2eme-partie

Il a été également rédacteur en chef du journal « Le Turkestan russe«  .

Il meurt le 17 décembre 1907.

<Article à compléter ultérieurement>

5 Comments

  1. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 17 min

    Voici le dernier ouvrage de recherche universitaire important paru sur le sujet qui nous intéresse :

    Jeff SAHADEO, Russian colonial society in Tashkent 1865 – 1923 , Indiana Univ. Press, 2007.

    Voir compte-rendu d’Isabelle Ohayon , « Jeff Sahadeo, Russian colonial society in Tashkent », Cahiers du monde russe , 49/4 2008 , [En ligne], mis en ligne le 24 décembre 2009. URL : http://monderusse.revues.org/index6991.html.

    Je vais donc essayer de me le procurer et aussi d’entrer en contact par email avec l’auteur qui est enseignant-chercheur à la Carleton University d’Ottawa. Mais, en attendant un petit compte-rendu de lecture, je vous propose d’en lire les premiers chapitres :

    http://books.google.com/books?id=mck25r … &q&f=false

    L’introduction de l’auteur, voir en particulier pages 4-5-6, confirme le point de vue d’où j’essaie de réfléchir : il semble y avoir pas mal de similitudes entre l’entreprise coloniale russe au « Turkestan » et celle du protectorat français au Maroc… et donc entre les Russes de Tachkent et les Français de Casablanca… Suivez mon regard !

    Quelques notes et réflexions après lecture :

    1) Généralités sur l’empire colonial russe en Asie Centrale dont la capitale, Tachkent, a été choisie dès 1865/67 parce que située aux confins de plusieurs territoires (Kazakhstan, Ouzbekistan, Kirghizstan…).

    Cet ouvrage s’inscrit dans ce qu’il est convenu d’appeler les Postcolonial Studies, loin des stéréotypes de la vulgate soviétique d’antan : en 1917, non, la Russie des Tsars n’était nullement arriérée ni immobile mais en plein développement industriel et en pleine modernisation économique ; son empire colonial imite et veut meme rivaliser avec les autres grands empires qui se sont édifiés au XIXè siècle, l’empire des Indes britannique surtout, c’est le grand rival, mais aussi l’empire français, notamment en Afrique du Nord ; non, la colonisation de l’Asie Centrale n’installait pas un système esclavagiste affreux mais se donnait, comme les autres empires, une mission « civilisatrice », dite là-bas « russification », avec tous les préjugés et contradictions inhérentes au concept : exploration/exploitation des territoires et des hommes ; développement et organisation/domination politique, économique et sociale ; éducation/soumission des peuples et des individus.

    C’est ainsi que le premier (et célèbre) Gouverneur Général von Kauffman acquiert une stature morale en menant une politique comparable plus ou moins à celle de Lyautey au Maroc – politique que, d’ailleurs, les Gouverneurs suivants, nommés par le tsar Alexandre III, ne maintinrent pas toujours, suite au durcissement du régime (avant meme et surtout après l’assassinat d’Alexandre II).

    2) Une société stratifiée, d’abord de haut niveau culturel, et qui se dégrade peu à peu :

    En plus des cadres militaires, sont envoyés à Tachkent beaucoup de fonctionnaires chargés d’organiser puis de gérer l’administration impériale. Parmi eux, un certain nombre d’exilés politiques dont notre I. I. Geier. Arrivent aussi pour y travailler des architectes (chargés d’édifier une ville moderne, aux grandes avenues et aux beaux immeubles, à l’image de Saint-Pétersbourg), des ingénieurs et techniciens de toute sorte (travaux publics, ponts et chaussées, agriculture etc.), du personnel médical, des enseignants des niveaux primaires et secondaires (gymnases) et des savants-chercheurs en diverses disciplines (géographie, géologie, ethnographie etc.) La classe intellectuelle est donc surreprésentée. Elle a d’ailleurs conscience de servir de « modèle » russe d’éducation, servant par là les préjugés racistes de « supériorité » par rapport à la population autochtone dont il faut élever le niveau…

    Mais bientot, suite aux difficultés économiques du pays (chomage, épidémie de choléra, récoltes désastreuses…), les pauvres affluent à Tachkent, qui cherchent du travail comme ouvriers à la journée, passent leur temps dehors à attendre et à boire… La ville se prolétarise et la bonne société s’en offusque… Quel mauvais exemple donnent donc ces miséreux aux peuples d’Asie Centrale…

    3) Le nom d’Ivan Ivanovitch Geier est cité plusieurs fois dans les notes :

    – pour son étude sur la grande famine qui sévit en Russie dans les années 1891-1892 : I. Geier, Golod i kolonizatsiia Syrdar’inskoi oblasti v. 1891 godu (Famine et colonisation dans la région du Syr-Daria en 1891) in Sbornik Materialov dlia Statististiki Syr-Dar’inskoi oblasti (Recueil de matériaux pour les statistiques de la région du Syr-Daria), 3 (1894) : 14-15 (Tashkent, 1891-1907). Ces références renvoient au chapitre IV, Migration, class and colonialism (notes des pages 111-118).

    – pour son activité au Russki Turkestan, journal indépendant, dont il devient le rédacteur en chef. Il semble que ce journal soit d’abord de tendance nettement libérale. Mais l’évolution de la situation politique et sociale – revendications et mouvements de grève des travailleurs des chemins de fer, d’une part, fermentation politique autochtone (mouvement Jadid [= Nouveau], inspiré des Jeunes Turcs, qui s’exprimait dans le journal Taraqqi), d’autre part – le font évoluer vers le socialisme.

    Ainsi, dans une note du chapitre 5, The predicaments of « progress », 1905-1914 (note 43), J. Sahadeo écrit : « Russian moderate socialist I. I. Geier backed [épaula = soutint financièrement] the publication of Taraqqi in 1905-1906″. A ce sujet, il renvoie aux travaux de KHALIDd Adeeb dont The politics of muslim cultural reform : Jadidism in Central Asia, Berkeley, Univ. of California press, 1998, p. 121-122. Le journal Russki Turkestan, est d’ailleurs souvent cité pour la période fin 1905 – début 1906, c’est-à-dire pour les suites immédiates de la révolution de 1905.

    Pour corroborer les analyses précédentes, je signale une nouvelle étude qui vient de paraitre, dont je viens de lire la critique ci-dessous parue dans Le Monde:

    Redécouvrir l’Asie centrale et ses faiseurs de frontières

    PAR GAÏDZ MINASSIAN, LE MONDE

    Fruit d’un travail de recherche titanesque, «L’invention des frontières» de Svetlana Gorshenina fait voler en éclats les idées préconçues sur l’Asie centrale
    Titre: Asie centrale.
    L’invention des frontières
    et l’héritage russo-soviétique
    Svetlana Gorshenina CNRS, 382 p.

    L’Asie centrale existe-t-elle? se demande Svetlana Gorshenina, dans son dernier ouvrage consacré à l’invention des frontières et à l’héritage russo-soviétique dans cette région enclavée du monde. Tirée d’une thèse monumentale, cette étude détaillée sur le grand Turkestan des années 1860 à 1936 est une invitation au voyage dans les méandres de l’histoire de cette zone stratégique située entre la Russie, la Chine, l’Inde, l’Afghanistan et l’Iran.

    Fidèle à l’école française de la géopolitique des représentations, cette jeune chercheuse démontre que l’Asie centrale existe bien comme phénomène structurant mais qu’il est prisonnier d’un espace-temps historiquement délimité à la construction de l’Etat-nation d’inspiration occidentale fondée sur le concept d’identité nationale. Ainsi, il n’existerait pas d’exception centrasiatique.

    C’est donc une véritable (re) découverte de l’Asie centrale qui nous est proposée, loin de tout cliché et aux antipodes d’une approche essentialiste. Ce travail de Romain fait voler en éclats le concept de «frontière naturelle», invalidé archives à l’appui puisque ce sont surtout les hommes et les rapports de force qui tracent les délimitations, non le relief.

    Pour nous éclairer dans son raisonnement, Svetlana Gorshenina s’appuie sur les travaux des «faiseurs de frontières», à savoir ces diplomates, militaires, voyageurs et universitaires russes, locaux ou britanniques de la seconde moitié du XIXe siècle et dont l’héritage a permis aux bolcheviks de diviser le grand Turkestan en cinq républiques soviétiques d’Asie centrale.

    A l’aide d’une documentation inédite, elle casse un autre tabou: Staline ne serait pas le responsable du découpage arbitraire de cet espace, vieille technique du «diviser pour régner», afin de mieux contenir les nationalismes locaux et compartimenter l’islam. Les élites centrasiatiques de l’époque ont largement dessiné les frontières des cinq Etats, ces ex-frontières administratives devenues politiques et internationales à la faveur de la chute de l’URSS en 1991.

    Comme l’écrit dans sa préface la spécialiste de l’Asie centrale Marlène Laruelle, la recherche de Svetlana Gorshenina met fin à l’exception russe en matière de colonialisme. Non seulement la Russie tsariste ou communiste a défini sa poussée à l’Est comme une «mission civilisatrice» au même titre que celle des missionnaires occidentaux de par le monde, mais le colonisateur slave s’est en plus inspiré de leurs modèles de domination des populations indigènes. Finalement, ce que nous propose Svetlana Gorshenina n’est rien d’autre qu’une normalisation, une intégration de l’Asie centrale dans le grand livre de l’histoire mondiale. […]

  2. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 18 min

    En cliquant sur la référence électronique ci-dessous, vous pouvez consulter en lecture intégrale trois volumes de cet I. I. Geier qui a écrit sur le Turkestan : il suffit de cliquer sur « view item ».

    RIFIAS – [ Traduire cette page ]Tashkent: n.p., 1912. View Record · View Item, Geier, I. I. Putevoditel’ po Turkestanu : s dvumia kartami i odnim portretom. Tashkent: n.p., 1901. …
    http://www.letrs.indiana.edu/web/r/rifi … mages.html – En cache

    Même si vous ne lisez pas le russe, vous découvrirez au moins la manière dont ce nom s’écrivait : ГЕЙЕРъ – Гейеръ qui est différente de la graphie adoptée (d’après ce que m’a dit Yola) par Nathalie Bérednikoff dans sa correspondance :ГЭЕР – Гэер . Que Georges Gueyer (Geyer) soit ou non apparenté à cet auteur, il y a de grandes chances pour que la graphie la plus juste soit celle des imprimés plutôt que celle de Nathalie qui devait reproduire ce qu’elle entendait… en France, de surcroît. A moins encore qu’un nom d’origine germanique comme celui-là ait pu être transcrit en cyrillique différemment selon les lieux, les époques et les fantaisies des employés d’état-civil ou des paroisses. De toute façon, jai demandé à l’église russe de Nice une photocopie de l’acte de mariage religieux de Nelly et Georges ; quand on me l’enverra, l’on pourra vérifier, je l’espère, comment lui-même écrivait en russe son propre nom.

    NB. Pour compléter cette affaire d’onomastique, il convient d’ajouter que la transcription française que Georges de G. fait de son propre nom semble plus proche de la graphie des livres imprimés (ГЕЙЕРъ – Гейеръ) que de celle de Nathalie (ГЭЕР – Гэер ) parce que la graphie de cette dernière pourrait aussi bien correspondre à « Heyer » qu’ à « Geyer » : on sait que le H aspiré n’existant pas en cyrillique, les russes ont l’habitude de le transcrire également par le Г (« gué ») du cyrillique.

    Enfin, le signe ъ ayant été supprimé par la réforme de l’orthographe, le nom de famille Gueyer s’écrit définitivement : Гейер en russe et il apparaît ainsi sur tous les sites russes consultés aujourd’hui.

    Comme nous le savons bien maintenant, G(u)eyer / Geier (ou parfois Gayer/Gaier) est un nom d’origine allemande que les dictionnaires courants traduisent par « vautour » – signification assez peu sympathique… J’ai eu l’idée de demander à Dominique MEENS de m’en dire plus et voici la réponse que je viens de recevoir :

    « Le lämmergeier, ou « vautour » des agneaux, est pour moi le gypaète barbu.
    « Au glossaire : pp. 20, 27, 37 n.26, 40 n.252, 69.

    « Geier seul n’est pas au Glossaire d’AWT.

    « Et je vous attrape ceci au Desfayes :

    « [There are no vultures in German speaking countries, except for accidentals; geier is a coll. name for raptors (= gierig) and gänsegeier is a Buzzard’s name (No. 211), in which gans is not « the palmiped (no bird of prey specializes in catching geese) but a term of acoustic origin ð 5.9.2; bergstorch is a book. transl. of a.gr. oreipelargos]

    « Ceci vérifié chez Grimm :
    « http://woerterbuchnetz.de/DWB/?sigle=DWB&mode=Vernetzung&lemid=GG05183 »

    Donc, ouf ! notre nom de famille désigne un « rapace », et pas forcément un sale vautour ! C’est tout de meme plus noble !

    N.B. Le Glossaire d’AWT est l’abréviation du livre suivant : Un glossaire d’oiseaux grecs, par D’ARCY (WENTWORTH) THOMPSON, traduit et augmenté etc… par Dominique MEENS.

  3. Thierry de Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 18 min

    Vera Alexandrovna Geyer née Shevchenko : Première épouse d’Ivan Ivanovitch ?

    Elle est née en 1861 à Poltava (en Ukraine aujourd’hui). Issue d’une famille noble, elle suit des cours d’infirmières à Kharkov.

    Son activisme au sein des mouvements populistes de Kharkov lui vaut quelques mois de prison et une liberté surveillée.

    En 1887, elle rejoint son mari à Tachkent.

    Ils retournèrent de temps à autre à Slavyanoserbsk (Ukraine) où vivait la mère d’Ivan.

    Biographie sur internet : http://slovari.yandex.ru/~%D0%BA%D0%BD%D0%B8%D0%B3%D0%B8/%D0%A0%D0%B5%D0%B2%D0%BE%D0%BB%D1%8E%D1%86%D0%B8%D0%BE%D0%BD%D0%B5%D1%80%D1%8B/%D0%93%D0%B5%D0%B9%D0%B5%D1%80%20%D0%92%D0%B5%D1%80%D0%B0%20%D0%90%D0%BB%D0%B5%D0%BA%D1%81%D0%B0%D0%BD%D0%B4%D1%80%D0%BE%D0%B2%D0%BD%D0%B0/

  4. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 19 min

    Cette « origine » ukrainienne est intéressante : Shevchenko est évidemment un nom ukrainien (cf le poète Tarass Chevtchenko) russisé tout comme Golenkovski/skaia (le nom de la mère de Georges-Grigori) semble bien être aussi un nom ukrainien russisé : Golenko + vski (?).

    Mais elle complique le problème : le nom de Slavyanoserbsk semble indiquer un village fondé ou habité par des Serbes. Or l’on sait que les Tsars ont fait venir, à de certaines époques, non seulement des Allemands mais aussi des Serbes pour peupler et cultiver les terres de l’empire…

    Les villes citées pour Ivan G. comme pour sa (1ère ?) femme sont : Kharkov (ou Kharkiv en ukrainien) ; Poltava ; Iekatorinoslav (devenue Dniepropetrovsk en russe). Donc la région à l’est de la boucle du Dniepr…

    Il ne manquerait plus que ça, qu’on soit aussi d’origine serbe !… Quoiqu’il en soit, serait-il possible de retrouver ce village (non loin de Iekaterinoslav ?) sur une carte ? Il a probablement changé de nom…

  5. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 19 min

    « petite médaille d’argent » (n°159) décernée à Ivan Ivanovitch Geyer en 1898 par la société de géographie russe : hélas, pas une grande médaille d’or…

    http://pandia.ru/text/77/502/32928.php

    Aller à :
    Перечень награжденных знаками отличия русского географического общества

    (ça veut dire à peu près : liste de distinctions accordées par la société géographique russe)

    Puis descendre jusqu’à :
    Малой серебряной медалью (petite médaille d’argent) et chercher le n°159 !

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