Peut-être un de nos ancêtres était gouverneur de la sinistre forteresse de Schlusselbourg.

Voici un texte extrait de la « Vie de Catherine II, impératrice de Russie » de Jean-Henri Castéra » qui évoque notre ancêtre :

Sur les bords de la Néva, non loin de l’ancien monastère de Valaam, s’élève la célèbre forteresse de Schlusselbourg, l’ancienne Noétburg des Suédois. Elle est bâtie dans un système de fortifications, avec de gigantesques remparts voûtés. Les Russes la prirent à la Suède en 1702. Cette forteresse est de ce côté la clé de Saint-Pétersbourg. Schlusselbourg a vu un des plus épouvantables drames de l’histoire russe. Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1741, deux aventuriers Lestocq et Vorontsof donnèrent ordre à trente grenadiers de s’emparer de la famille de Brunswick.

Voici l’histoire de cette famille. Une princesse de Mecklembourg, adoptée par l’impératrice Anne, qui n’avait pas d’enfants, se maria au prince Ulric de Brunswick et accoucha, le 24 août 1740, d’un fils qui reçut le nom d’Ivan. L’impératrice nomma le nouveau-né grand-duc de Russie et le désigna comme son successeur au trône ; elle mourut peu de temps après. Le jeune Ivan fut proclamé empereur à l’âge de deux mois, sous la tutelle de sa mère. Lestocq, fils d’un barbier de Hanovre était venu s’établir à Saint-Pétersbourg comme chirurgien ; il sut gagner la faveur d’Élisabeth, fille de Pierre le Grand. Très audacieux de sa nature, il excita l’ambition de cette princesse. On gagna toute la garde du palais, et la révolution s’accomplit. Les soldats se précipitèrent dans la chambre à coucher de la régente ; il la trouvèrent au lit avec son époux. Cette malheureuse princesse, à peine vêtue, fut enlevée sans que Brunswick, maintenu par deux soldats robustes, eût pu faire un seul mouvement pour la défendre. On l’arracha lui-même du lit, on l’enveloppa dans les couvertures et on le jeta ainsi en traîneau, puis on alla prendre l’enfant avec sa nourrice. Tous les prisonniers furent conduits au palais d’Élisabeth et gardés à vue. A trois heures du matin, l’empereur Ivan VI avait fini de régner, et l’on proclama l’avènement d’Élisabeth. Les Russes ignorèrent pendant plusieurs années ce qu’était devenu le jeune prince. Tour à tour transporté à Schlusselbourg, puis à Kexholm, il fut ramené à la forteresse de Schlusselbourg, après la mort de Pierre III, Ivan était un embarras pour Catherine II. Si elle ne donna pas elle-même des ordres pour un nouveau meurtre, il y avait autour d’elle des intérêts d’égoïsme et d’ambition qui, pour se satisfaire, ne reculaient devant aucun crime. On commença par corrompre un officier de la garnison, appelé Vasili Mirovitsch, en lui promettant les honneurs et la fortune s’il consentait à délivrer le jeune prince. Cette première trame ourdie, deux autres chefs de la garnison, le capitaine Ouloussief et le lieutenant Tchekinn reçoivent l’ordre de ne jamais perdre de vue le prisonnier et de le faire mourir à la moindre tentative qui aurait pour but de briser sa chaîne.

Mirovitsch ne connaît cette particularité, de même que Tchekinn et Ouloussief ne savent rien du plan combiné secrètement avec Mirovitsch. Le 15 juillet 1764, à deux heures après minuit, tout est prêt, le drame commence. Mirovitsch, après avoir distribué de l’argent et de l’eau-de-vie à cinquante hommes de la garnison, les mène droit à la chambre du prince. Chemin faisant, on rencontre Bérednikof, gouverneur de la forteresse. Il feint de vouloir s’opposer à l’entreprise ; Mirovitsch le saisit au collet, le donne à garder à quelques-uns des hommes et continue sa route. On arrive au corridor gardé par des sentinelles Qu’Ouloussief avait placées. Les sentinelles crient : Qui vive ? On leur répond par des coups de fusil à bout portant. Pendant ce temps-là, Olloussief et Tchekinn se tiennent l’épée à la main devant le prisonnier que les coups de feu, les cris, les menaces qui se croisaient dans le corridor venaient de réveiller en sursaut. On ébranlait les portes de sa chambre; c’était le signal convenu entre les ministres de Catherine et les gardiens du prince. Ils se précipitent sur lui et le frappent de l’épée. Ivan est nu, son sang coule à flots par cinq blessures béantes ; il trouve néanmoins assez de force pour saisir l’arme d’un de ses assassins. L’épée se brise dans la lutte. Alors le prince renverse son adversaire pour lui enlever le tronçon ; mais le troisième acteur de cette scène horrible s’approche et le poignarde par derrière. Olloussief et Tchekinn ouvrent la porte, arrachent chacun un fusil aux sentinelles et achèvent la victime à coups de baïonnette.

Le lendemain, devant l’église de la forteresse, on put voir la dépouille d’un empereur de Russie couchée dans un cercueil de sapin et recouverte d’une veste de matelot. On déposa son cadavre, à la nuit, dans une fosse creusée sur la plage déserte. Olloussief et Tchekinn eurent l’avancement promis à Mirovitsch qui mourut décapité. On vit alors Catherine II dans l’enivrement du pouvoir, au mépris de la dignité de son peuple, donner un trône à Stanislas Poniatowski, son amant, au mépris de la foi des traités, enlever aux Turcs la Crimée et démembrer la Pologne. Elle projetait de nouvelles conquêtes, lorsqu’elle mourut en1796, d’une apoplexie foudroyante