Histoire de la famille de Gueyer

Mémoires d'une famille franco-russe

Frédéric Stackelberg (1852-1934)

Frédéric Stackelberg est issu d’une grande famille noble germano-balte : la famille Stackelberg.

Frédéric Stackelberg est né en 1852 à Worms, île de la mer Baltique, dont son père, le baron Stackelberg était propriétaire terrien.

Sa vie

Stackelberg a vécu la majeure partie de son existence en France, et Nice est devenue progressivement son lieu de résidence privilégié. Mais il est nécessaire, pour mieux appréhender sa personnalité, de remonter le cours de sa vie jusqu’aux premières armées.

Précisons-le tout de suite : sujet du Tsar, Stackelberg n’était cependant pas un russe. Sa famille est l’héritière du Drang nach Osten des Allemands dans les pays baltes au XIII° siècle. Le berceau du »clan » Stackelberg est l’Estonie, et plus particulièrement l’île de Vorms dont la police française indique qu’elle était la propriété intégrale des barons de Stackelberg. Cette petite île, la quatrième d’Estonie par la superficie, de dimension analogue à celle de Minorque ou de l’île de Man, est située au large du port d’Haapsalu.

C’est là qu’en 1852 naquit Frédéric von Stackelberg. L’Estonie au XIIIème siècle a été soumise à l’autorité des chevaliers Porte-Glaives, eux-mêmes rattachés à l’ordre teutonique. Le régime féodal qui se met en place répartit les rôles : les Estoniens seront les serfs, les Allemands les seigneurs. Dès lors s’instaure la domination de ce que l’on appelle les « barons baltes » ,en fait des aristocrates terriens de souche allemande. A la veille de la Première Guerre mondiale, 200 familles nobles possèdent en Estonie 60 à 70 % des terres. La politique de russification menée par Alexandre III dans l’Empire n’a pas compromis cette domination, puisqu’elle s’est ici appuyée sur les barons.

La famille Stackelberg est étroitement liée à la Cour impériale. Un comte » de Stackelberg est ambassadeur de Russie à Turin dans les années 1850-1860. Deux oncles de Frédéric sont sénateurs vers 1898, c’est-à-dire membres d’une assemblée qui depuis 1864 fait office de Cour suprême. Son cousin est chambellan du Grand-Duc héritier. Quant à sa mère, elle fréquente l’impératrice douairière.

Frédéric, surnommé Fouffa dans la famille, était aussi le cousin germain de Nathalie, qui signe quand elle lui écrit : « ta sœur Nathalie ». Les idées de Frédéric étaient diamétralement opposées à celles de Nathalie et ils ne pouvaient donc pas s’entendre. Leur seul lien était Varvara, mère de Frédéric et tante bien aimée de Nathalie.

Frédéric Stackelberg a eu pour première femme une certaine Blanche, et a ensuite épousé Julie. Bien que marié, ses convictions allaient vers l’amour libre, qu’il prêchait dans ses discours et ses écrits. Il a beaucoup influencé et marqué Olga, et Nathalie le lui a reproché.

Il ne lisait pas le russe mais il le comprenait et le parlait. Il avait pour première langue l’allemand parlé avec son père, et l’estonien avec les nurses à Worms dans son enfance, puis le français qu’il parlait avec sa mère, car les nobles russes instruits le parlaient à cette époque. Il avait douze ans quand il vit fouetter un paysan et ce fait eut sur sa vie une influence décisive.

Quelques années plus tard, il quittait la Russie « pour ne pas être témoin des sévices employés contre les paysans » (La Voix libertaire, 3 mars 1934, article de A. Sadier) et s’en fut en Allemagne pour y poursuivre ses études de mathématiques ; il s’y serait lié à Bebel et Liebknecht. Il avait fait des études à l’Université de Heidelberg qu’il avait dû quitter pour ses opinions politiques.

Pour avoir protesté contre les annexions de 1871, il fut expulsé d’Allemagne et vint à Paris. Il entra en relations avec les socialistes français et participa à l’organisation du congrès international prévu à Paris pour septembre 1878, mais que le gouvernement interdit, ainsi qu’à celle du troisième congrès national ouvrier qui s’ouvrit à Marseille le 20 octobre 1879 et aboutit à la création du Parti des Travailleurs socialistes de France.

Vers 1880, il habitait à Nice avec ses parents, riches rentiers qui fréquentaient la côte chaque année de septembre à mai. Un rapport de police établi à Nice le 14 mars 1883 le présente ainsi : « … Il est de taille moyenne et d’une constitution chétive, figure osseuse et blême, petite moustache, barbe très peu fournie au menton, cheveux châtain clair et courts, démarche vive et vulgaire. Il porte des lunettes montées sur or […] Avec ses journaux dans ses poches, il représente assez bien le type du clubiste. »

En juillet 1883, il collaborait avec les socialistes du Comité central révolutionnaire (blanquiste) à la fondation du journal niçois Le Réveil des Travailleurs qui parut pendant sept mois. Suite à une réunion entre le Groupe socialiste révolutionnaire (GSR) et de présumés anarchistes locaux, la police, dans un rapport du procureur de la République de Nice daté de novembre 1883, rapportait : « …Stackelberg et Cecarelli ont déclaré qu’il était temps d’agir en France…on]…a donné lecture d’une lettre du groupe d’action de Lyon par laquelle il demande des hommes et de l’argent ayant à leur disposition beaucoup d’armes et de munitions… Il a ensuite été question d’organiser une manifestation pour terrifier les bourgeois de Nice…les uns ont proposé de faire sauter le Casino municipal ».

En novembre suivant, un nouveau rapport confirmait les relations établies entre le GSR de Stackelberg et un groupe anarchiste italien de Nice : «Le 3 novembre une nouvelle réunion a eu lieu chez Giacobi [membre du GSR]…on est occupé de la question du pain. Le mot d’ordre est de provoquer dans toute la France une agitation…On s’emparerait dans les boulangeries du pain pour le distribuer au peuple. Cette dernière proposition a été votée à l’unanimité après une courte discussion entre Stackelberg et Fayno qui pousse énergiquement le groupe des Alpes-Maritimes à s’unir avec le groupe italien qui possède des armes et des bombes ». Bien que Stackelberg manifesta certaines réticences face à l’action violente, il semble bien que c’est au sein du GSR que se firent jour les premières manifestations anarchisantes et et des liens entre Stackelberg et les anarchistes.

En 1884, lors des grèves d’Anzin, il adressa à Rochefort, au nom du groupe de l’union révolutionnaire de Nice, un télégramme le priant d’être son interprète auprès des organisateurs d’un meeting qui eut lieu le 21 mars, pour leur exprimer sa sympathie et ses sentiments de solidarité. Son activité politique lui valut d’être l’objet d’un arrêté d’expulsion en date du 26 novembre 1884 ; il se réfugia en Espagne, puis l’arrêté étant ajourné, il était de retour à Nice le 26 janvier 1886 et il reprit ses activités politiques ; ordre lui fut alors donné, le 14 avril, de quitter la France. Le 9 décembre 1886, l’arrêté d’expulsion était rapporté.

Stackelberg se fixa à Paris et habita, 25, rue Boursault, XVIIe arr. Le 18 mars 1889, il assista au banquet commémoratif de la Commune ainsi qu’à celui qui eut lieu l’année suivante. Il collabora sous le nom de Lienhart au journal La Lanterne. À propos de Ravachol, voici ce qu’il écrivait à Joseph Cohen, révolutionnaire hollandais, dans une lettre datée 11 juillet 1892 (Ravachol fut exécuté ce jour même). « … Je trouve Ravachol, le héros de l’anarchie, très brave, très crâne […]. Mais que voulez-vous, tout en ayant une certaine considération pour sa personne crâne, il m’inspire de l’horreur. Quant à ses complices, j’ai pour eux un insondable dégoût […]. Je comprends parfaitement qu’on soit antiparlementaire en étant révolutionnaire, mais la haine aveugle, enfantine, des anarchistes contre le suffrage universel, qui est d’essence égalitaire, m’a toujours été un mythe… ».

Un nouvel arrêté d’expulsion l’obligea à quitter Paris le 28 février 1894. Il se rendit en Belgique et se fixa à Bruxelles en juin 1894. En mars 1895, il fut autorisé à rentrer en France ; il s’installa d’abord à Nice, puis à Paris. Il fut naturalisé Français par décret du 4 janvier 1907.

fiche-de-plice-de-fs-page-001Il collabora au journal La Guerre sociale dès sa fondation fin 1906. Le 26 mai 1907, dans une réunion publique organisée à Nice, il remercia Clemenceau « de l’avoir aidé à obtenir la nationalité française » (Arch. Nat. F7/12 497).

En décembre 1907, il adhérait au Parti socialiste ; le 22 décembre, à Vallauris (Alpes-Maritimes), il présida la réunion publique qui suivit le congrès socialiste fédéral. Il fut délégué des Alpes-Maritimes au congrès de Toulouse de 1908 et vota la motion d’unanimité Vaillant et non la motion « insurrectionnelle » — il se serait ensuite « ressaisi » (Guerre sociale, 25 novembre 1908). En 1910, il fut candidat aux élections législatives dans la 1re circonscription de Nice et obtint 296 suffrages.

Pendant la guerre, il signa, en 1916, le manifeste pacifiste « La Paix par les Peuples » et collabora au journal de Sébastien Faure, Ce qu’il faut dire en 1916 et 1917.

Après la guerre, il suivit vraisemblablement au Parti communiste la majorité de la fédération socialiste des Alpes-Maritimes : Virgile Barel le cite comme « un de nos bons camarades disparus » (50 années de luttes, Virgile Barel, p. 34). Franc-maçon, il appartenait au Grand Orient de France ; d’abord membre de la loge « Bien des peuples, bienfaisance réunis », il fut affilié en 1907 à la loge « Démos » et en démissionna en 1922 pour pouvoir rester au PC.

En mai 1921, il participait à la rédaction du Travailleur des Alpes-Maritimes, organe de la section communiste de Nice.

En 1926 il appartenait à la commission d’initiative du groupe d’Etudes sociales de Nice aux cotés de J. Braman et F. Laura. Il apporta ensuite une active collaboration à la presse anarchiste et notamment, de 1927 à 1936, au Semeur et, de 1929 à sa mort, à la Voix libertaire. Il écrivit plusieurs notices pour l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure et, notamment, celle intitulée « Marxisme ».

« Nous ne partagions pas son admiration pour le régime autoritaire bolcheviste, mais nous sommes restés en relations amicales avec lui jusqu’à sa mort », écrivit un rédacteur de La Voix libertaire, 3 mars 1934 à la suite de son décès survenu à Nice le 14 février précédant.

OEUVRES

Stackelberg a collaboré à de très nombreux journaux libertaires. Outre ceux cités ci-dessus : La Révolte, Les Temps Nouveaux, L’Idée libre (avant 1914).

Il a par ailleurs écrit de nombreux ouvrages et brochures :

la-republique-sociale-de-frederic-stackelberg, une brochure de 32 pages éditée à Paris en 1890 où il expose toutes ses idées philosophiques, politiques et antireligieuses : son but est de construire une « Démocratie Socialiste » dans laquelle le salariat sera supprimé mais où « l’être humain pourra se déterminer d’après les mobiles inhérents à sa nature sans porter le moindre préjudice à l’intérêt général. » Il espère une société future communiste idyllique, à laquelle il pense que l’Humanité doit arriver, non par l’anarchie mais par le suffrage universel, qui loin d’être son idéal, peut donner quelque chose pour le progrès révolutionnaire. Mais il ajoute : « Le suffrage universel sous-entend dans son acception la plus large, bien-être et savoir universels et confine par là au socialisme. »

linevitable-revolution-de-frederic-stackelberg, 1903. qui exprimait toutes les idées révolutionnaires de Frédéric, sur Dieu, la religion, l’armée, la police, la magistrature, l’économie, le socialisme, l’amour, le mariage, l’éducation etc… —

Dans l’ABC de l’Astronomie, il décrit « Notre Monde solaire », puis « les Etoiles » et il termine par un chapitre consacré à la « la-mesure-du-temps« . C’est le lieu pour lui d’exposer une critique de tous les calendriers existant et d’en proposer un révolutionnaire et plus scientifique et rationnel : « fixation du commencement de l’année aux solstices ou aux équinoxes; division de l’année en 12 mois de trente jours chacun; la semaine de 5 jours; une semaine fériée de cinq jours au bout des années ordinaires et de six les années bissextiles; la division décimale du jour de l’heure, de la minute et de la seconde ». Il veut ainsi rompre « avec une vieille et malfaisante légende religieuse » et ajouter « un autre bien, plus grand et décisif, en ne consacrant que 4 jours consécutifs au labeur ». Et il conclut : « 11 faut une nouvelle mesure du temps aux temps nouveaux qui s’annoncent ».

Il écrit également des ouvrages comme : Mystification patriotique et solidarité prolétarienne, Vers la société communiste, Allemagne et France, La Femme et la Révolution, Comment ? République sociale, Vers l’union libre, etc… .

Conclusions

il y a toujours eu une grande contradiction entre son discours et son comportement : il vivait de ses rentes et, même aux moments les plus durs de sa vie, ruiné par la chute du rouble puis du mark, il continuait à porter des chemises blanches à col empesé et à, en changer chaque jour ! Il n’a jamais travaillé pour gagner sa vie.

L’écrivain Max Gallo parle de lui dans son livre « Jè, histoire modeste et héroïque d’un homme qui croyait aux lendemains qui chantent« . En effet, son père était l’ami de Frédéric Stackelberg qu’il avait cornu à Nice, au cours des conférences qu’il donnait dans l’arrière-salle d’un café. Frédéric était déjà vieux à cette époque, mais Jé a été très influencé pas ses discours et lorsque Max Gallo raconte comment son père lui en parlait, on croirait entendre Olga nous parler de Fouffa . Elle employait le même vocabulaire que Jé ; par exemple, elle disait toujours « les idées avancées » et « l’avenir de l’Humanité », comme Frédéric le lui avait enseigné. Max Gallo raconte que son père a assisté à l’enterrement de Frédéric Stackelberg. Une lettre d’Olga datée du 12 mai 1933, rapporte sa rencontre dans la rue avec Fouffa très vieux qui, n’a plus très longtemps à vivre, selon elle. Elle écrira plus loin à Katia comment elle est allée le soigner. Il est décédé le 14 février 1934, 4 rue Bardon â Nice_

Il était « Homme de lettres naturalisé Français par décret du 4 janvier 1917″.

Testament de Frédérick Stackelberg (version éditée)

Extraits de « La correspondance des Bérednikoff » de Yolande Levine (Mazan, 1995) publiés avec l’autorisation de l’auteur.

Autres sources :

Dictionnaire des militants anarchistes
– Jean-Rémy Bézias : Frédéric Stackelberg ou la révolution importée », in Destins niçois, Actes du colloque de Nice, Cahiers de la Méditerranée, n° 55, décembre 1997, p. 31-41.

6 Comments

  1. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 14 min

    A ceux qui aimeraient en savoir un peu plus sur ce que traficotait Stackelberg à Nice, je conseille de consulter :

    http://militants-anarchistes.info/spip.php?page=recherche&recherche=stackelberg

    dont, surtout : http://militants-anarchistes.info/spip.php?article8232

    La question demeure ouverte – vu nos maigres connaissances familiales – de savoir si Stackelberg était resté inconditionnellement favorable au PCF ainsi qu’au régime soviétique tel qu’il avait évolué sous Staline ou bien s’il s’en dissociait, au moins dans le privé, comme le prétend Max Gallo dans son livre sur son père, Jè, histoire modeste et héroïque d’un homme qui croyait aux lendemains qui chantent, Stock, 1994.

    A ce sujet, pour nous rafraiichir la mémoire, je vous copie le principal de mon email du 03/12/2012 (réaction à chaud après lecture) :

    Le livre de Max Gallo, très intéressant pour l’histoire des idées en France, à Nice en particulier, et, bien sûr, émouvant comme livre d’hommage à la mémoire du père de Gallo, d’origine italienne, « socialiste libertaire » de coeur – et d’esprit – durant toute sa vie, laquelle fut bien longue (1893-1986), couvrant le siècle ou presque.

    Joseph Gallo, dit Jé, a toujours déclaré et répété bien haut qu’il avait eu eu trois maîtres : 1) son instituteur, Molandi, qui le porta jusqu’au niveau du certificat d’études, 2) un camarade de travail, nommé Dufourcq, avec lequel il se forma vraiment au métier d’ouvrier monteur électricien et qui lui donna sa première conscience politique claire, 3)​ ​Stackelberg « l’apôtre », qui lui ouvrit l’esprit et lui apprit à raisonner plus large, à voir les choses de plus haut.

    Max Gallo consacre deux chapitres à Frédéric Stackelberg : les​ chapitres 8 et 9, depuis leur première rencontre, au tout début des années 20, lorsque Stack faisait ses fameuses conférences ​au café de Turin de la place Garibaldi, jusqu’à sa mort en 1934. Jé semble être ainsi devenu l’un de ses proches et jeunes amis-admirateurs, toujours prêt à l’écouter et à apprendre de lui, y compris l’astronomie.
    Mais, ce qu’il y a de plus intéressant pour nous, c’est que Max Gallo construit ses chapitres en opposant systématiquement les deux figures :
    D’un côté Virgile Barel, apparatchik du PCF et député carriériste ​- ​d’après ​Gallo évidemment -, aveugle ou s’aveuglant volontairement sur la réalité de l’URSS stalinienne (et Max Gallo n’est pas tendre avec lui !), et de l’autre, Stackelberg qui, semble-t-il, avait tout compris dès la mort de Lénine, le départ de Trotsky, puis l’assassinat de Kirov et les premiers grands procès… « Je les connais, si je rentrais en Russie, ils m’enverraient immédiatement en Sibérie », lui fait-il dire à peu près… Ne soutenant même les communistes en France, d’après Jé/Max Gallo, que pour contrer le fascisme.
    Mais alors, comment Tante Olga, qui n’a cessé de voir « Fouffa » jusqu’à sa mort et discuter avec lui, pouvait-elle soutenir les inepties qu’on lit dans sa correspondance ? Voir le cas de l’ingénieur Chamoutine (qui me reste en travers de la gorge) et ses grandes déclarations de soutien aux « Soviets » ?! (Nous sommes entre 1931 et 39)
    Réponse de ma mère, comme on pouvait s’y attendre : « Tante Olga était complètement nulle, elle raisonnait toujours faux ».

    Ou bien Max Gallo ne reconstitue-t-il pas l’histoire des idées après coup​ et de manière tendancieuse​? On ne pourrait résoudre ce problème qu’en allant consulter ​les journaux plus ou moins anar​chistes-révolutionnaires​, où Stackelberg​ a pu encore publier des articles sur le tard (?)​.

    Fin de mon autocitation (excusez)​.

    Marie-Ange

  2. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 14 min

    L’acte de décès de Frédéric Stackelberg est disponible sur :

    http://www.basesdocumentaires-cg06.fr/archives/ImageZoomViewerEC.php?IDDOC=2013103142253681892483&COMMUNE=NICE&PAROISSE=&TYPEACTE=D%E9c%E8s&DATE=1933%20%E0%

    C’est le registre de décès dans la commune de Nice 1933-1934, à la date du 14 février 1934. N° 601, page 152.

    On n’apprend rien sauf qu’il est toujours l’époux de Louise Claudine Godignon – peut-être ladite Julie de la correspondance Bérednikoff… Je me demande quand elle est morte, celle-ci, et que sont devenues les archives de Fouffa…

  3. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 14 min

    Voilà, j’ai trouvé: Louise Claudine Godignon, épouse de Frédéric de Stackelberg (baron) est décédée deux ans et demi après lui, le 26 novembre 1936. Voir acte de décès n° 3314 sur :

    http://www.basesdocumentaires-cg06.fr/archives/ImageZoomViewerEC.php?IDDOC=2013103142312112993875&COMMUNE=NICE&PAROISSE=&TYPEACTE=D%E9c%E8s&DATE=1936

  4. Christophe Jamet

    27 mars 2016 at 22 h 15 min

    Non seulement les « Staël von Holstein » sont liés aux « Berednikoff », mais ils sont aussi liés aux « von Stackelberg » !

    Voici un arbre ou l’on retrouve Nicolas de Staël (en bas à gauche), Frédéric Stackelberg (en bas au milieu) et LA Madame de Staël (par alliance), elle s’appelle en fait Anne-Louise germaine Necker (tout à droite) : http://www.pauletnathalie.fr/wp-content/uploads/2013/06/Arbre-de-descendance-Stael-von-Holstein.pdf

  5. Les biographies françaises de Frédéric Stackelberg citent, en général, le nom de son père, le baron Otto von Stackelberg, propriétaire terrien sur la côte estonienne (île de Vormsi), mais semblent ignorer qui était sa mère, Varvara (von) Ganskau (Ganskoff). Or, d’après nos souvenirs familiaux (témoignage d’Olga B. transmis par Yola L.), la personnalité intellectuelle audacieuse de Frédéric Stackelberg, fils unique, devait beaucoup à l’éducation libérale et toujours positive que sa mère lui avait donnée. Devenue veuve, elle séjourna surtout en France, emmenant avec elle, autour de 1900, comme demoiselles de compagnie, d’abord Catherine (Katia) puis Olga Bérédnikoff, qui étaient ses petites-nièces. Elle s’installa à Nice où elle vécut avec son fils jusqu’à sa mort. Née en 1820, elle atteignit 1920, et fut donc la première quasi-centenaire (connue) de notre famille !

    Nathalie Bérédnikoff (née Evgrafovna Skobeltsyne) était la fille de sa sœur, Catherine (von) Ganskau, et toutes deux, Varvara et Catherine, étaient les enfants de Yacov (von) Ganskau et de la princesse Alexandrine Volkonsky. Nathalie, venue vivre à Nice elle-même auprès de sa fille Olga et de sa petite-fille Stella, puis rejointe par son fils Vladimir (Volodia) et ses deux filles, Nelly et Zika, dès avant 1914, rendait souvent visite à sa tante. Elle l’aimait beaucoup et parle d’elle dans ses lettres (corr. Bér.). Nous possédons aussi quelques photos de Varvara von Stackelberg, dont une où elle apparaît très âgée, semble-t-il sur un balcon .

    On peut dire que l’installation définitive de Frédéric Stackelberg (déjà naturalisé français) et de sa mère à Nice est à l’origine du regroupement des Bérédnikoff dans cette même ville. Après la révolution et la fin de la guerre civile, la dernière fille de Nathalie, Varvara (Varia), veuve de Yanek Klaus et leurs deux filles, Marina et Valérie (Valy) réussirent à les rejoindre par Constantinople, en 1924.

    Voici la transcription de son acte de décès (n°30, page 9 du registre de 1920) :

    GANSKOFF Barbe
    Le premier janvier mil neuf cent vingt, dix-neuf heures
    est décédé(e) en son domicile, rue Bardon, quatre, Barbe Ganskoff
    née en Russie le vingt juin mil huit cent vingt, sans profession
    fille de Jacob Ganskoff et d’Alexandrine Volkonsky (princesse)
    veuve de Otton Stackelberg (baron).
    Dressé le deux janvier mil neuf cent vingt, quinze heures, sur la déclaration de
    Olga Bérédnikoff, trente-six ans, sans profession, petite-nièce de la défunte, et de
    Anaïs Musso, quarante-quatre ans, garde-malade, domiciliées à Nice
    qui, lecture faite, ont signé avec nous, Docteur Marceau André, décoré de la croix de guerre, adjoint au maire de Nice, officier de l’Etat-Civil par délégation.
    Trois signatures dont deux lisibles : Olga Bérédnikoff – Anais Musso

    Acte de décès de Varvara von Ganskau, dite ici « Barbe Ganskoff », épouse du baron Othon von Stackelberg et mère de Frédéric Stackelberg, décédée le 1er janvier 1920 à Nice, dans sa centième année.

    Acte n°30, page 9 – l’acte est cosigné par Tante Olga

    http://www.basesdocumentaires-cg06.fr/archives/ImageZoomViewerEC.php?IDDOC=2011011816381022469072

  6. Fort intéressante (et amusante, vue d’aujourd’hui) biographie de Virgile Barel que je lis ces jours-ci en lecture rapide. Restitution pas à pas de son long itinéraire lié à la naissance et au développement du Parti Communiste dans les Alpes-Maritimes. J’espérais en apprendre davantage sur les rapports de Barel avec notre Stackelberg mais il n’y a que quelques lignes, bien frappées cependant, appuyées sur les documents dépouillés aux Archives Départementales des Alpes-Maritimes (ADAM). Elles se résument à trois citations :

    in OLIVESI Dominique, Virgile Barel, 1889-1979, De Riquier à la Crimée française, éd. Serre, coll. Actual, 1996.

    1) p. 50 – Au fond Barel était le mieux placé pour devenir le champion du communisme niçois, pour prendre la tête du PC dans les Alpes-Maritimes. Soldat de 14-18, actif dans le milieu des anciens combattants , instituteur rouge à la pointe du syndicalisme révolutionnaire, organisateur du « refuge antifasciste » [accueillant les Italiens], il était le dénominateur commun, le lien vivant entre les trois milieux d’origine du « Bolchévisme azuréen ». En ce sens, il est dès le départ au centre, au coeur de la « problématique communiste » spécifique aux Alpes-Maritimes alors que les fondateurs et premiers dirigeants du P.C. niçois, Cacouault, Gillard, Stackelberg vite écartés, restèrent toujours prisonniers d’une vision communiste idéaliste propre à leur milieu intellectuel, anarchisant ou franc-maçon, à leur milieu social bourgeois ou aristocratique. Sous la houlette de Barel, le P.C. en 1923 tente de se réorganiser et de se relancer. [note 78 : En 1923 le total des adhérents pour le département ne dépasse pas 300 personnes.]

    2) p. 54 – [La fête] de 1924 réunit le 8 juin à l’embouchure du Loup (Cagnes-sur-mer)], 800 personnes venues de tout le département en train, tramway, autocar. Sous les pins et les banderoles qui vantent l’espéranto et la solidarité prolétarienne internationale, on s’adonne aux joies du pique-nique en famille, du farniente, on se livre à quelques jeux de massacre sans risque et bon enfant sur des têtes désignées à l’exécration publique. On entend aussi parfois ici et là un discours, on participe à des débats, des discussions. Frédéric Stackelberg, encore pour quelques mois au P.C., parle avec enthousiasme de la grande Révolution russe qui a réalisé l’émancipation de la femme.

    3) p. 55 – Pour se bolcheviser, l’organisation doit s’épurer. Barel s’emploie à cette tâche avec le zèle méthodique qu’on lui connaît. Il invente un système de filtrage des nouveaux adhérents avec période de mise à l’essai d’une durée de trois mois et obligation pour eux de remplir une fiche de renseignements sur leur vie privée, leur passé, leur entourage. La « bio » fait son apparition. L’épuration, c’est aussi la chasse aux « mauvais camarades », ceux qui font preuve d’une activité insuffisante, superficielle, formelle, ceux qui plus sérieusement rechignent à s’aligner sur Moscou, à se soumettre à la discipline de fer du Parti. Dans son rôle de grand inquisiteur, Barel n’épargne personne , pas même le vieil aristocrate russe F. Stackelberg, 72 ans, qui avait été longtemps avant et après 1914 par son rayonnement intellectuel le pionnier, le porte-drapeau du socialisme à Nice.
    Après avoir tenté de régler son différend avec Barel devant les instances parisiennes, Stackelberg, le baron anarchiste, découragé, écoeuré, remet sa démission. Il est exclu en novembre suivi de près par Louzon coupable aux yeux du camarade Virgile de marcher derrière Rosmer et Monatte, la « fraction trotskyste » rejetée du P.C. en décembre 1924.
    La bolchevisation désignait enfin aux communistes un nouvel adversaire : la SFIO [= « réformistes »].

    NB. En contrepoint et pour continuer à nous amuser, rappelons que dans son livre Cinquante années de luttes, Paris, éd. sociales, 1967, p. 34, Virgile Barel parle de Frédéric Stackelberg comme d’« un de nos bons camarades disparus ».

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