Histoire de la famille de Gueyer

Mémoires d'une famille franco-russe

Georges de Gueyer (1893-1962)

Georges (né Grigori) est né le 29 julllet/10 août 1893 à Tachkent. Son père, Ivan, était directeur du bureau de statistiques du Turkestan. Sa mère, Olga Golenkovski (ou Golenkovsky ou Golenkovskaia), a probablement fondé une bibliothèque à Tachkent en 1903. Il avait plusieurs sœurs et un frère.

Zina Iv. Geyer avec les anes portant cahiers et livres dans les campagnesmise à jour du 14 avril : Photo de Zina. Une des soeurs de Georges.

Un 2ème corps des Cadets d’Orenbourg a été créé en 1887 pour les fils des officiers basés au Turkestan. Georges intègre ce corps à Orenbourg probablement très jeune.

orenbourg
Photographie extraite du livre de Chloé Obolensky et Max Hayward, Russie Images d’un Empire, éd. fr. Paris, Albin Michel, 1980, p. 267

2eme-ecole-de-cadet-orenbourgIl termine ses études à l’école militaire de Moscou d’où il est sorti le 1er octobre 1914 avec le grade de sous-lieutenant après une année d’étude. Il a 19 ans. La première guerre mondiale fait rage depuis deux mois.
Il est affecté à un bataillon de marche à l’intérieur de la Russie avant de rejoindre le 203ème régiment de Soukhoum du Causase où il commande la 15ème compagnie de mitrailleurs. Georges rejoint le front de Varsovie le 10 décembre 1914 où il commande la 15ème compagnie de mitrailleurs du 203ème régiment de Soukhoum du Caucase.

Il est blessé une première fois le 2 mars 1915 et il revient sur le front en Galicie le 29 avril 1915 toujours dans le même régiment. Il est à nouveau blessé le 19 mai 1915. Il est hospitalisé jusqu’au 2 août 1915. Lors de son hospitalisation, il pourrait bien s’être rendu à Kozlovka (république de Tchouvachie) sur les bords de la Volga à coté de Kazan qui disposait d’un hôpital militaire nouvellement construit et qui recevait des militaires du 203ème régiment de Soukhoum. A son retour sur le front balte, il dirige maintenant la 8ème compagnie. Il est promu lieutenant le 1er janvier 1916. Il y reste jusqu’à l’été 1916 où il participe à l’offensive du général Broussilov.

Il s’engage ensuite dans les brigades russes qui doivent combattre en France. Il arrive en France à la fin de l’été 1916 pour être envoyé en Champagne avec le 5ème régiment russe.

phrygie_paquet_4aGeorges participe aux différents combats. Après l’offensive Nivelle de 1917, il est proposé au grade de Capitaine. Grade qu’il n’obtiendra jamais en raison des événements de la Courtille auxquels il contribue à la libération en septembre 1917 en commandant une des compagnie de mitrailleuses qui a lancé l’assaut sur le camp. Il s’engage dans la Légion russe fin 1918 et rejoint le 8ème régiment de zouaves de la Division marocaine du général Dagan. Il est versé dans l’armée française automatiquement au printemps 1918.

A la fin de la guerre, après son mariage avec Nelly, il est affecté à la Légion Étrangère qui le met à disposition des troupes coloniales à Marseille. Il partira pour Madagacar avec son épouse pour 11 mois.

Fin juin 1918, Georges est blessé et part en convalescence à l’arrière. Sans doute à Nice où il épouse Nelly le 22 août.

Son congés prend fin le 4 septembre 1918. Il attend son transfert dans l’armée française. Le 11 octobre, il est admis dans l’Armée Française à titre étranger. Il intègre donc la Légion Etrangère qui le met aussitôt à disposition de la Coloniale. A cette époque, il ne restait plus grand chose de la Légion Russe, la fin de la guerre approchait et les officiers étrangers étaient facilement admis à intégrer l’Armée Française. Moins compréhensible est son détachement de la Légion Etrangère à la Coloniale.

Bref, il se retrouve chef de section au 22ème Colonial en attendant son départ pour Madagascar. Il se trouve ainsi à Marseille (sans doute avec Nelly) dans l’attente d’un bateau pour Madagascar où il doit rejoindre le bataillon d’infanterie de Diégo-Suarez comme chef de section à la 2ème compagnie à Antisrane.

Après plusieurs reports, il embarque à bord de « l’Ile de la Réunion » le 15 janvier 1919. Le voyage durant environ 3 semaines, il arrive certainement au début du mois de février 1919 à Diégo.

Nous ne savons pas grand chose de son séjour à Diégo.

Il a été bien noté par ses supérieurs.

Son livret militaire mentionne les appréciations suivantes apportée par son chef de bataillon, le commandant Huard :

1er semestre 1919 : « Bon officier, de tenue et d’esprit excellents. A de l’autorité. Pondéré, calme, tenance. Parle et écrit le français de façon satisfaisante. Trés studieux. fera certainement plus tard un officier de premier ordre. »

2ème semestre 1919 : « Le sous-lieutenant n’a fait que confirmé les bonnes impressions données par ses premiers mois de service. Trés bon officier à tous égards qui serait une excellente recrue pour l’armée française. »

Le commandant Huard écrira également la recommandation suivante à son départ :

« Je soussigné Huard, commandant le bataillon d’infanterie coloniale de Diégo-Suarez certifie en dehors des notes régulières du lieutenant Georges de Gueyer, pour toutes fins utiles, que cet officier a servi pendant onze mois au bataillon, qu’il s’y est distingué par sa tenue, son éducation et son instruction militaire et qu’il a constamment témoigné d’un excellent esprit et des meilleures qualités militaires. Je regrette que cet officier n’ait pas pu obtenir de rester au service assez longtemps pour le faire naturaliser français ».

Une petite anecdote marque son passage : Son beau-père, Vladimir, n’ayant plus de nouvelles de Nelly et de lui depuis 4 mois écrit à l’administration militaire pour faire part de son inquiétude le 4 juillet 1919. L’armée mènera une enquête à Madagascar et lui répondra que sa fille et son gendre sont en excellente santé ».

On apprendra plus tard que Georges aura contracté le paludisme sur place.

Il fait la connaissance du père de Suzanne Borel qui se mariera plus tard avec l’homme politique et résistant Georges Bidault. Suzanne Borel-Bidault entreprendra une carrière diplomatique. S’occupant d’apatrides à l’AFPRA, Georges croisera à nouveau son chemin à la fin des années 50.

Il y fait aussi la connaissance du commandant Gay qu’il retrouvera à Nice quelques années plus tard.

A la fin de l’année 1919, l’administration française voulant réduire le nombre de militaires met fin à son contrat. Il quitte Diégo le 18 décembre avec l’Orénoque et arrive à Marseille le 11 janvir 1920. Nous avons trace d’une demande de permission d’un mois sur place. Puis il regagne la base russe de Laval. Il quitte l’armée peu de temps après.

L’armée, n’ayant plus besoin d’autant d’officiers décident de le démobiliser. Il rentre à Nice à la fin de l’année 1919. Il aura alors comme objectif de se réengager dans l’armée : d’abord dans la Coloniale puis devant les refus de l’administration, il postulera pour la Légion étrangère. En août 1921, Georges formule une demande de réintégration dans la Légion Étrangère. N’obtenant pas de réponse, un mois plus tard, il demande à nouveau sa réintégration dans l’armée française mais cette fois-ci dans la Coloniale (Madagascar ou Indochine). N’ayant pas la nationalité française, le ministère de la Guerre refuse sa réintégration dans la Coloniale mais n’exclue pas une possible réintégration dans la Légion Étrangère dans les six mois.

Georges formule ainsi une nouvelle demande de réintégration en janvier 1922 qui est acceptée en mai. Georges arrive en Algérie à Sidi-Bel-Abbès, au 1er régiment étranger, le cœur de la Légion Étrangère qui l’admet à titre étranger au grade de sous-lieutenant à titre provisoire le 28 mai 1922.

Pendant les sept premiers mois, il effectue sa formation d’officier de la Légion Étrangère. Ses supérieurs lui reprochent son manque de travail mais il obtient sans difficulté son examen de passage d’officier à titre définitif le 27 décembre 1922 comme en témoigne les notes suivantes

Dictée 6 x 2 = 12/ 40
Rédaction 8 x 4 = 32 / 80
Arithmétique 14 x 4 = 56 / 80
________
100 / 200

Organisation 6 x 2 = 12 / 40
Administration 10 x 2 = 20 / 40
Topographie 10 x 4 = 40 / 80
Tactique 10 x 5 = 50 / 100
Matériels 15 x 5 = 75 / 100
de guerre
Sciences 16 x 2 = 32 / 40
appliquées
Tir 12 x 6 = 72 / 120
Fortification 12 x 4 = 48 / 80
De campagne
Histoire 16 x 2 = 32 / 40
/ Géographie
Hygiène 10 x 2 = 20 / 40
/ Éducation physique
_______
401 / 680

Équitation 13 x 8 = 104 / 160
Règlement 10 x 16 = 160 / 320
D’infanterie
Note 15 x 12 = 180 / 240
D’aptitude générale

Total Général = 945 / 1600
soit 11,8/ 20)

Au début de l’année 1923, Georges est affecté au 6ème bataillon du commandant Kratzert, à la tête de la 22ème compagnie avec la capitaine Masse et les lieutenants Roger et Labalec.

En avril 1923, le bataillon rejoint d’autres troupes françaises dont le 2ème régiment étranger pour constituer la colonne « Freydenberg » chargée de pacifier le Moyen Atlas. La « réduction de Taza » est l’objectif prioritaire du résident général au Maric, le général Lyautey depuis un an.

La France et l’Espagne ont signé un traité de protectorat avec le Maroc en 1912. L’Espagne est en charge des provinces méditerranéennes, dont le massif du Rif tandis que la France est en charge du reste du pays. La France, puissance coloniale, cherche à établir une route sûre entre l’Algérie et « la partie utile du Maroc ». Pour cela, il faut pacifier le Moyen Atlas et empêcher que la rebellion des tribus rifaines au nord ne s’étende vers le protectorat français. L’épicentre se trouve à Taza, ville situé à l’est de Fès. Les opérations militaires sur la tâche de Taza dureront quatre ans, de 1923 à 1926. Georges n’y restera que quelques mois en 1923.

La première opération de l’année 1923 à laquelle participe Georges dure moins d’un mois : du 6 au 29 avril 1923. Elle consiste à pacifier la zone du village de Berkine à l’extrémité nord-est du Moyen Atlas. La troupe essuie quelques coups de feu ; elle établie quelques forts et repart sur une autre zone dés la fin du mois d’avril 1923.

À partir du début du mois de mai, la colonne Freydenberg est séparée en deux groupes et celui de Georges est envoyé à une trentaine de kilomètres au sud de Taza, à Bab El Arba. Nous savons qu’un officier de la 22ème compagnie et 60 légionnaires sont laissés sur place pour construire un fort entre le 7 et le 28 mai 1923. Tout laisse penser que l’officier resté sur place est Georges et que le fort serait le légendaire fort Geyer qu’Ariane évoque dans ses souvenirs d’enfance. Mais que se sera-t-il passé au début du mois de mai ? Nous ne le serons sans doute jamais : Georges a envoyé sa demande de démission au début du mois de mai. Il évoque des problèmes de santé de son épouse et des charges de famille qui l’impose de quitter l’armée. L’armée accepte sa démission en août et Georges quitte la Légion Étrangère le 12 septembre 1923.

bal-el-arbaa

Entre temps, il continue à servir dans l’armée française et il va se retrouver associé aux violents combats du Tadout, à quelques dizaines de kilomètres au sud de Bab El Arb, qui auront lieu à la fin du mois du juillet 1923. Il obtient même une croix de guerre des TOF avec étoile d’argent avec la mention suivante « Jeune officier ayant fait preuve au feu de belles qualités de bravoure et sang froid le 23 juillet 1923 au combat de l’Aïn Taghout et brillamment enlevé sa section à l’assaut des positions ennemies ».

Il quitte donc l’armée apparemment sous les honneurs.

Plus d’un plus tard, en décembre 1924, Georges demande sa réintégration. Mais, la Légion Étrangère conserve un très mauvais souvenir de lui. Démissionner est considérer comme un acte grave et définitif. Elle refuse sa réintégration en janvier 1925.

Encore après, à l’été 1927, Georges tente une dernière fois son retour dans la Légion Étrangère. La réponse reste la même. L’Armée ne veut plus de lui.

Après son retour à Nice, sa situation maritale se détériore et il ne tarde pas à quitter Nice pour aller refaire sa vie ailleurs.

<A compléter>

13 Comments

  1. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 25 min

    Bob nous a dit et redit que, lorsqu’il avait rencontré son père dans un hôpital, une clinique ou maison de repos à Dreux en 1959 ou 60 (?), il avait été frappé par le fait que Georges de Gueyer semblait parler le français plutôt mal, au bout de plus de 40 ans passés en France… Selon Bob, c’était comme une preuve de son « inadaptation » à la société française…

    Les mauvaises notes obtenues en dictée (06/20) et rédaction (08/20) au cours de sa formation à la Légion étrangère nous conduisent à supposer qu’il n’avait sans doute pas appris le français dans sa jeunesse ni dans sa famille (comme les Bérednikoff-Skobeltsyne) ni à l’école mais sur le tas, à partir du moment où il s’est retrouvé combattant sur le front occidental.

    Sa première langue étrangère devait être l’allemand, soit acquise par tradition familiale (vu les origines de son père), soit enseignée à l’école militaire d’Orenbourg, ou les deux à la fois. N’oublions pas que, parmi les cadres de l’armée russe tsariste, il y avait beaucoup d’officiers d’origine germanique. Et que le grand modèle militaire, c’était alors l’armée prussienne.

  2. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 26 min

    En tapant simplement « Гейер Ташкент » sur le moteur de recherche Yandex.ru, Leo G. a notamment trouvé une Olga Georguievna Geyer, fondatrice à Tachkent, d’une bibliothèque, en 1903 :
    Voir http://www.oldtashkent.ru/?action=pages … 6&podrid=6. Dont voici l’extrait important :

    Новая библиотека (Пушкинская, 7)

    Была открыта в 1903 году Ольгой Георгиевной Гейер, а в июне 1907 года перешла во владение Леонида Исаевича Бродского (секретарь городской думы). В это время библиотека заключала в себе около 3000 томов, а затем количество книг доведено до 5500. Библиотека помещалась в трех комнатах.

    Cette femme pourrait donc être la mère de Georges (et sans doute aussi d’Elizabeth), Olga Golenkovskaia épouse Geyer, les dates concorderaient…

    Et son patronyme, Gueorguievna, pourrait expliquer que Grigori ait choisi de se faire appeler Georges (dans ce cas prénom de son grand-père maternel) dès son arrivée en France (ou peut-être même avant, du reste).

  3. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 26 min

    Parmi les victimes staliniennes nommées Geyer, il y a une Elizaveta Ivanovna, née à Tachkent en 1899 :

    Гейер Елизавета Ивановна
    Родилась в 1899 г. Проживала: г. Ташкент.
    Арестована 3 декабря 1935 г. (= arrêtée le 3 décembre 1935)

    Источник: Фонд « Шахидлар Хотирасы » (Узбекистан)
    http://lists.memo.ru/d8/f197.htm

    La sœur de Georges ?

  4. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 27 min

    Sur l’extrait du registre des mariages de l’église russe de Nice, nous lisons que, lors du mariage de Georges et Nelly, le 16/29 aout 1918, l’un des deux témoins du fiancé était le comte André Alexeievitch Olsoufieff :

  5. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 27 min

    Raymond de Ponfilly, dans le Guide des Russes en France, éd. Horay, 1990 – une autre mine de renseignements – évoque en trois endroits (pages 333, 335 et 338 avec un portrait) « le » personnage illustre de cette famille : le Général Olsufiev (ou Alsufiew) qui, sous le haut commandement du feldmarechal Blucher, en 1814, lança contre Napoléon un corps de combattants aux environs de Brienne-le-chateau (Aube). Un massacre de plus pour rien : mille morts !… Car il fut finalement fait prisonnier à Champaubert (Marne) où Napoléon, réunissant quelques autres généraux russes qu’il avait pris, invita tout le monde à dîner !

  6. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 27 min

    Lorsque le 1er enfant (Ariane) de Georges et Nelly fut baptisé, le marquis Constantin Nicolaiévitch Méranville de Sainte-Claire servit de parrain. Cet aristocrate au nom d’opérette était un personnage important par ses multiples activités au sein de la communauté russe de la Cote d’Azur (où il se trouve confirmé que Vladimir Pavl. Bérednikoff, si c’est bien lui qui le lui a demandé, savait choisir ses amis !).

    Voici, d’abord, un résumé de mémoire de maitrise soutenu à l’université de Nice qui fait référence à cet homme :

    La communauté russe des Alpes-Maritimes durant l’entre-deux-guerres par Marie Pietri :

    http://www.cg06.fr/document/?f=decouvri … -russe.pdf – dont page 8

    Ainsi nous avons recensé un nombre important d’associations fondées
    et présidées par le marquis Méranville de Sainte-Claire. En dépouillant un dossier sur la
    surveillance des activités des étrangers datant de 1932, nous avons recueilli quelques
    renseignements intéressants sur ce personnage. Cet homme si généreux envers les membres
    de sa communauté avait eu un passé relativement agité. Il fut déchu de son grade de colonel
    de gendarmerie de Russie par le tsar Nicolas II, qui l’avait accusé d’escroqueries. Il fut
    déporté en Sibérie pour « crime capital » mais parvint à s’échapper et à gagner la France.
    Installé à Nice depuis la fin de la guerre civile, il s’occupa activement d’oeuvres de
    bienfaisance visant à subvenir aux besoins des réfugiés. Il créa notamment « Le Comité des
    repas économiques et de secours aux citoyens russes de Nice », « La Société de secours par le
    travail aux émigrés russes de la Côte d’Azur », « L’Union des travailleurs chrétiens russes à
    Nice ». Son action fut efficace, probablement assez durable, et fut du reste appréciée au sein
    de la communauté. Le journal La Semaine Russe consacra plusieurs articles à ses oeuvres et ne
    manqua pas de le remercier à plusieurs reprises. Ainsi ces observations laissent penser que le
    marquis de Méranville est impliqué dans la création de ce journal, probablement par le biais
    d’une contribution financière comme nous l’avons évoqué précédemment.
    Le journal publia un extrait d’un mémoire du marquis adressé à la Société des Nations
    sur la situation économique des réfugiés russes de la Riviera. Cet extrait relève que trois cents
    personnes vivent grâce à la bienfaisance, cents sont inaptes au travail et devant
    l’amenuisement des ressources associatives, la situation empire de jour en jour. Le marquis
    s’était entretenu avec M. Hinglaise, représentant du Haut Commissariat, lors d’un voyage à
    Paris. A l’issu de cette rencontre, peu encourageante, le marquis se rendit à l’évidence qu’il
    était difficile d’attendre un secours matériel de la part de la Société des Nations. L’oeuvre de
    cet homme marqua la vie caritative de la Côte d’Azur. Au vu des documents d’archives il fut
    le plus impliqué dans l’aide aux réfugiés.

    Il existe aussi un article sur Les répercussions de l’assassinat de Paul Doumer dans les Alpes-Maritimes par Jérémy Guedj, dont j’extrais ces quelques lignes (page 105 du document) :

    http://www.cg06.fr/cms/cg06/upload/deco … les189.pdf (résumé entier, pages 101-113)

  7. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 28 min

    Dans l’extrait du registre des mariages fourni par l’église russe de Nice, nous apprenons que le jour du mariage religieux de Georges et Nelly, le 16/29 aout 1918, les témoins de la fiancée étaient le colonel Guiorgui Ippolitovitch Lissovsky et le peintre Serguei Sergueievitch Solomko. Du premier, je ne sais pas si nous pouvons savoir quelque chose ; en revanche, le second est répertorié dans le Milner (John Milner, A dictionary of Russian & Soviet Artists, 1993) :

    SOLOMKO Serguei Sergueievitch(1859-1926): Graphic artist, illustrator, watercolourist. He published designs in the German periodical Jugend and with French publishers .

    Aujourd’hui comme il est prisé des collectionneurs de l’époque 1900, il est aussi sur Internet où plusieurs sites présentent cet artiste en indiquant parfois d’autres dates de naissance et de mort (1867-1928) et en donnant quelques exemples d’illustrations de livres, de gravures ou cartes postales… Aucun détail malheureusement sur sa vie. Notez enfin qu’en français, il signait aussi sous le nom de « Serge de Solomko » : une véritable manie, cette particule ! Regardez le site qui m’a semblé un peu plus complet que les autres :
    http://art-magique.blogspot.com/2011/05 … lomko.html

    Comment le juger ? Moi : J’aime pas trop, pas assez fin comme dessin, mais symptomatique d’une époque… Je m’adresse à deux amies que j’estime compétentes ; l’une, Marianne T., le fustige : ce n’est même pas une question de finesse, mais de sensibilité : c’est une manière conventionnelle, bonne pour des chromos, des clichés « à la russe »(pour les fêtes ou les contes de Noël on dirait, voire des vitrines promotionnelles, non ?) Mais, l’autre, Françoise B. le défend : Il y a du métier là dedans, selon moi ce n’est pas une question de dessin qui n’est pas si mauvais (probabl. d’après photo) mais de sensibilité (ou d’expression). Pour moi c’est plus du métier que de l’art, mais le métier mérite son respect.
    Et vous, est-ce que ça vous plait ?

  8. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 28 min

    n quatrième de couverture de l’ouvrage de Gérard Gorokhoff et Andréi Korliakov, Le Corps expéditionnaire russe en France et à Salonique 1916-1918, Paris, YMCA-Press, 2003/2004, déjà cité à propos de la Légion russe (v. Branche de Gueyer), sont reproduits deux portraits d’officiers russes. La légende correspondante (écrite sur le 1er rabat de la couverture) indique :

    L’artiste russe Serguei Solomko, missionné par le gouvernement russe, a réalisé plusieurs splendides portraits de militaires russes ; nous voyons ici le général Lokhvitsky (…) [et] le colonel Netchvolodoff (…)

  9. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 28 min

    Dans ce site russe intitulé « La Russie des Boyards de Solomko » ainsi que dans d’autres qui sont signalés à la fin du défilé des images, on peut obtenir (en actionnant la traduction automatique !) quelques renseignements biographiques sur Solomko (1867-1928) :

    http://egmara.livejournal.com/61408.html

    Nait dans une famille de militaires. Se fait connaitre comme illustrateur : ses dessins et aquarelles sont d’abord publiés dans des journaux et revues puis dans des livres illustrés et, vu leur succès, reproduits sur cartes postales. En 1887, membre de l’Académie Impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. A illustré des contes russes et récits mythologiques ainsi que des oeuvres classiques (Pouchkine, Lermontov), a produit des affiches et dessiné des costumes mais ne semble pas avoir travaillé pour le théatre ni l’opéra ou le ballet(1). En 1910, à la suite d’un riche héritage, s’installe à Paris, 75-77, rue Denfert-Rochereau. En 1921 participe à l’exposition « Les artistes de l’Académie Impériale des B.-A. de Petrograd », galerie Magellan. Sa dernière oeuvre publiée est un volume illustré des « Trophées » de J.-M. de Hérédia. Devient membre de la société de soutien mutuel et de charité des artistes russes de Paris (Assoc. Tourgueniev ?). En 1927, il est gravement malade et des soirées de charité sont alors organisées en sa faveur. Il est enterré au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-bois.

    (1) Donc à chercher : que faisait-il alors sur la Cote d’Azur en 1918, à part se la couler douce en buvant du champagne avec Vladimir Pavl. Bérednikoff et, accessoirement, marier sa fille ? Et puis, l’a-t-il aidé, conseillé lorsque ce dernier s’est mis en tête de gagner sa vie en vendant des aquarelles ?

  10. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 29 min

    Georges de Gueyer, de son vrai nom Grigori Ivanovitch Geyer/Geier, est né le 5/17 mai 1893 à Tachkent (alors capitale du Turkestan, nom générique de l’empire colonial russe en Asie Centrale à l’époque des tsars). Nous savons, par les documents officiels français que nous possédons, qu’à son arrivée en France, il s’est rajeuni de deux ans en adoptant comme nouvelle date de naissance le 5 mai 1895 – jour et mois qui correspondent d’ailleurs à la saint Georges fêtée le 23 avril (on ajoute 12 j au XIXè siècle et 13 j. au XXè) : probablement un moyen mnémotechnique facile pour ne pas oublier la nouvelle date choisie.

    Avec Thierry, nous avons supposé que c’était pour atténuer la différence d’âge avec sa future épouse Nelly. De même, il semble que l’ajout de la particule ait été voulue par son beau-père Vladimir qui tenait à souligner les origines « nobles » de la famille. Elle apparaît, en effet, sur ses nouveaux papiers français, à partir de son mariage. Ces deux falsifications ne sont que des manies d’émigrés assez fréquentes à l’époque !

  11. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 29 min

    Voici l’information qui nous a été envoyée par les archives militaires de Moscou :

    Suite à votre demande, nous vous faisons savoir qu’il existe conservé dans nos archives l’état de service du (sous- ?) lieutenant au 202è bataillon d’infanterie de réserve Grigori Ivanovitch Geyer, né le 29.07.1893, fils d’un conseiller de cour, natif de Tachkent, orthodoxe.

    На Ваш запрос сообщаем, что в архиве на хранении имеется послужной список подпоручика 202-го пехотного запасного батальона Григория Ивановича Гейера, 29.07.1893 г. р., сына надворного советника, уроженца г. Ташкента, православного.

    (№ 3083 от 04.10.11)

    A ce propos : le petit gamma russe mis après 1893 signifie « goda » càd « de l’année 1893 ») mais le « p. » (qui est le r en cyrillique), qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Qui pourrait nous renseigner là-dessus ? Léo Golovine ?

    Si, par hasard, cela voulait dire « vieux style » (=calendrier julien), cela signifierait que sa date de naissance « nouveau style » (calendrier grégorien) viendrait, en effet, 12 jours après, le 10 août ; mais si c’est l’inverse, 12 jours avant, soit le 17 juillet.

  12. Thierry de Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 30 min

    La troisième brigade à laquelle appartenait Georges est partie d’Arkhangelsk les 18 et 19 août 1916 à destination de Brest à bord des navires suivants :

    Phrygie : Etat-Major de la Brigade, 3 compagnies de mitrailleuses, 3ème Bataillon du 5ème Régiment ; soit 1 général, 28 officiers et 1 676 hommes

    Karl of Forfar : 1er Bataillon du 5ème Régiment ; soit 8 officiers, 1187 hommes

    Agberi : 2ème Bataillon du 5ème Régiment, soit 8 officiers et 826 hommes

    Les navires arrivent à Brest (et à Nantes) et les troupes sont envoyées directement à Mailly-le-Camp (Marne) où ils arrivent à partir du 4 septembre 1916.

  13. Christophe Jamet

    27 mars 2016 at 22 h 30 min

    Le livret de service russe mentionne des décorations obtenues en Russie et en France :

    Pour la Russie :
    – Sainte Anne de 3ème et 2ème classe
    – Saint Stanislas de 3ème et 2ème classe
    – Sabre avec la mention « pour la bravoure »

    Pour la France :
    – Croix de Guerre

    Aujourd’hui, pour un collectionneur, il faut savoir que:
    – Une médaille de l’ordre de Saint Stanislas 2eme ou 3eme classe se négocie dans les environs de 2000 euros
    – Une médaille de l’ordre de Sainte Anne 2eme classe se négocie dans les environs de 2500 euros a 3000 euros
    – Un sabre avec mention « pour la bravoure » (“За храбрость”) autour de 10000 euros…!

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