Histoire de la famille de Gueyer

Mémoires d'une famille franco-russe

Paul Grigoriévitch Bérednikoff (1840-1908)

Paul est né en 1840 à Orel, à 360 km au sud-ouest de Moscou. Son père, Gregory, était un riche marchand de bois, propriétaire de forêts dans la région. Il voulait qu’il continue l’exploitation commerciale de ses forêts, ce que Paul a refusé. Il a fait des études de médecine contre la volonté de son père, en conséquence de quoi, il était convenu qu’il perdrait ses droits à l’héritage.

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Il épouse par amour Nathalie Skobeltsine vers 1869. Paul a d’abord été médecin à Tikhvine, petite ville située à environ 200 km à l’Est de Pétersbourg où se trouve un célèbre monastère que Nathalie fréquentait assidûment.

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Paul avait beaucoup de travail et par conséquent peu de temps à lui. Il était très émotif et n’acceptait pas de soigner ses propres enfants, ni sa femme. Son gendre, Mitrophane Myassoyédoff, le peint dans son journal comme « un homme bon et doux, dont il conservera pour toujours le meilleur souvenir ». Olga, sa fille disait de lui qu’il lui avait enseigné l’humanisme. Elle aimait répéter qu’il soignait gratuitement ceux qui ne pouvaient pas payer, et il a dû soigner beaucoup de pauvres gens, car il n’a pas laissé de fortune. Elle aimait répéter ses paroles: « Quand j’opère quelqu’un, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, son sang a toujours la même couleur rouge », montrant par là qu’il condamnait l’antisémitisme si répandu en Russie.

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Il est décédé à l’hôpital, à Saint-Pétersbourg le 28 Août 1908, des suites d’une opération, il a été enterré dans le cimetière du Monastère Novodiévitchi. Sa fille Katia, son gendre Mika, ses enfants Vladimir, Nicolas et Varia étaient présents, mais sa fille Olga se trouvait à Nice. Ils avaient une bonne relation avec Paul de son vivant et ils l’ont toujours aidé.

A la mort de Paul, une somme de 7 700 roubles provenant du frère aîné de Paul, Alexandre (Sacha) et de sa sœur Anna Grigorievna Vichnievski, décédés avant lui, reviendra en partage à Nathalie et à ses enfants. Ses frères qu’il aimait beaucoup, Volodia (Vladimir) et Sérioja (Serguei), aideront Nathalie pendant 7 ans environ après sa mort.

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Extraits de « La correspondance des Bérednikoff » de Yolande Levine (Mazan, 1995) publiés avec l’autorisation de l’auteur.

6 Comments

  1. Marie-Ange Jourdan

    27 mars 2016 at 20 h 53 min

    Dans les documents publiés concernant Vladimir Pavlovitch B., apparaissent des titres officiels : « conseiller de cour » ou « de collège »… Il s’agit de dénominations liées au tchin ou tableau des rangs attribués aux sujets du Tsar. Pour nous repérer, je recopie et résume ici encore des passages du livre d’Henri Troyat – de la vulgarisation intelligente et toujours charmante à lire – La vie quotidienne en Russie au temps du dernier Tsar, librairie Hachette, Paris, 1959 (chapitre IX, pages 167 etsq) :

    C’était Pierre le Grand qui, pour mieux discipliner son peuple, avait créé le tchin, le tableau des rangs. Cette institution étrange ouvrait l’accès de la noblesse aux personnes qui n’étaient pas d’origine noble. Tout serviteur de l’Etat, quelle que fut sa naissance, pouvait s’élever de degré en degré jusqu’à obtenir un titre honorifique considérable. L’échelle des valeurs humaines ainsi établie comptait quatorze tchin :

    N°— Grade civil ou militaire (suivi de l’appellation honorifique à laquelle la personne a droit) :
    14è – registrateur de collège = enseigne ou cornette
    13è – registrateur du Sénat ou du Synode = sous-lieutenant (Votre Noblesse)
    12è – secrétaire de gouvernement = lieutenant
    11è – ce rang avait été supprimé du tableau
    10è – secrétaire de collège = capitaine en second
    09è – conseiller titulaire = capitaine
    08è – assesseur de collège = major (Votre haute Noblesse)
    07è – conseiller aulique (ou de cour) = lieutenant-colonel
    06è – conseiller de collège = colonel
    05è – conseiller d’Etat = général de brigade (Votre haute Origine)
    04è – conseiller d’Etat actuel (ou principal) = général-major (Votre Excellence)
    03è – conseiller privé = lieutenant-général
    02è – conseiller privé actuel (ou principal) = général d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie (Votre haute Excellence)
    01è – chancelier de l’Empire = feld-maréchal

    En Russie, le fonctionnaire était donc étymologiquement un tchinovnik, un homme ayant un tchin, un rang, et non, comme en France un homme ayant une fonction.
    Ainsi, un jeune roturier pouvait, après quelques années de besognes assidues dans les bureaux, devenir l’égal d’un capitaine ou d’un major, sans avoir jamais servi dans l’armée. Mais, bien qu’inscrit au tableau des hiérarchies, il n’était vraiment considéré comme noble qu’à partir du moment où il entrait dans la huitième classe (…) La noblesse elle-même se scindait en deux espèces : la noblesse héréditaire et la noblesse acquise.

    On peut déduire de ce tableau que notre ancêtre commun, Paul Grigorievitch Bérednikoff, médecin nommé « général » à titre civil (selon la légende familiale), avait donc atteint le 05è ou 4è tchin, tandis que son fils, Vladimir Pavlovitch Bérednikoff, le talonne, au 7è ou au 6è tchin !
    Dans les documents publiés concernant Vladimir Pavlovitch B., apparaissent des titres officiels : « conseiller de cour » ou « de collège »… Il s’agit de dénominations liées au tchin ou tableau des rangs attribués aux sujets du Tsar. Pour nous repérer, je recopie et résume ici encore des passages du livre d’Henri Troyat – de la vulgarisation intelligente et toujours charmante à lire – La vie quotidienne en Russie au temps du dernier Tsar, librairie Hachette, Paris, 1959 (chapitre IX, pages 167 etsq) :

    C’était Pierre le Grand qui, pour mieux discipliner son peuple, avait créé le tchin, le tableau des rangs. Cette institution étrange ouvrait l’accès de la noblesse aux personnes qui n’étaient pas d’origine noble. Tout serviteur de l’Etat, quelle que fut sa naissance, pouvait s’élever de degré en degré jusqu’à obtenir un titre honorifique considérable. L’échelle des valeurs humaines ainsi établie comptait quatorze tchin :

    N°— Grade civil ou militaire (suivi de l’appellation honorifique à laquelle la personne a droit) :
    14è – registrateur de collège = enseigne ou cornette
    13è – registrateur du Sénat ou du Synode = sous-lieutenant (Votre Noblesse)
    12è – secrétaire de gouvernement = lieutenant
    11è – ce rang avait été supprimé du tableau
    10è – secrétaire de collège = capitaine en second
    09è – conseiller titulaire = capitaine
    08è – assesseur de collège = major (Votre haute Noblesse)
    07è – conseiller aulique (ou de cour) = lieutenant-colonel
    06è – conseiller de collège = colonel
    05è – conseiller d’Etat = général de brigade (Votre haute Origine)
    04è – conseiller d’Etat actuel (ou principal) = général-major (Votre Excellence)
    03è – conseiller privé = lieutenant-général
    02è – conseiller privé actuel (ou principal) = général d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie (Votre haute Excellence)
    01è – chancelier de l’Empire = feld-maréchal

    En Russie, le fonctionnaire était donc étymologiquement un tchinovnik, un homme ayant un tchin, un rang, et non, comme en France un homme ayant une fonction.
    Ainsi, un jeune roturier pouvait, après quelques années de besognes assidues dans les bureaux, devenir l’égal d’un capitaine ou d’un major, sans avoir jamais servi dans l’armée. Mais, bien qu’inscrit au tableau des hiérarchies, il n’était vraiment considéré comme noble qu’à partir du moment où il entrait dans la huitième classe (…) La noblesse elle-meme se scindait en deux espèces : la noblesse héréditaire et la noblesse acquise.

    On peut déduire de ce tableau que notre ancêtre commun, Paul Grigorievitch Bérednikoff, médecin nommé « général » à titre civil (selon la légende familiale), avait donc atteint le 05è ou 4è tchin, tandis que son fils, Vladimir Pavlovitch Bérednikoff, le talonne, au 7è ou au 6è tchin !

  2. Marie-Ange Jourdan

    27 mars 2016 at 20 h 53 min

    Mais pourquoi Paul n’avait-il pas été nommé « conseiller d’Etat » directement mais « général à titre civil » ?

    – Hypothèse : peut-être parce qu’il avait effectivement servi comme médecin dans les guerres balkaniques (des années 1877-78 ?) ; mais, surtout, parce qu’ayant choisi d’étudier et d’exercer la médecine de manière indépendante, il avait du même coup renoncé à toute carrière dans la fonction publique impériale à laquelle correspondaient ces titres ou rangs et dans laquelle entraient automatiquement, d’habitude, les membres de la noblesse ou de la bourgeoisie aisée (qui voulaient monter en intégrant les services du Tsar).

    Et ce, contre le gré – nous dit-on – de son père (Grigori Bérednikov). Ceci expliquerait aussi pourquoi, à la suite de son choix professionnel, non seulement Paul a perdu ses droits aux revenus familiaux (voir corr. Bér, volume 1 et la bataille de Nathalie) mais qu’il n’apparaisse plus dans les livres de généalogie aux cotés de ses frères Vladimir (l’oncle Volodia) et Serguei (l’oncle Sérioja), respectivement grand-père et grand-oncle de Nicolas de Stael.

    Qu’en penses-tu, Christophe ?

  3. Christophe Jamet

    27 mars 2016 at 20 h 54 min

    Ma réponse a Liliane et a Marie Ange:

    Pour Liliane: Les décorations ne s’obtiennent pas pour des « missions » spécifiques, Vladimir a obtenu l’ordre de Sainte Anne dans une séquence logique d’obtention car il y a une hiérarchie « d’obtention » et d’attribution des ordres et de leurs différentes classes (comme les ceintures au judo !…)

    Normalement on ne pouvait obtenir telle classe ou tel ordre, qu’en possédant la classe immédiatement inférieure. A noter, que l’ordre de Saint Vladimir fait partie de cette « hiérarchie d’obtention ». En sont absents, les ordres de Sainte-Catherine (réservé aux femmes) et de Saint-Georges.

    Outre l’ordre se Sainte Anne et de Saint Stanislas, Paul porte l’ordre de Saint Vladimir 4eme classe, plus prestigieux que les précédents et qu’il a probablement obtenu pour ses mérites en tant que médecin. A la différence des autres ordres, l’ordre de Saint Vladimir (comme celui de Saint Georges) est un ordre de mérites personnels faisant fi de toute naissance ou noblesse. Seul compte le mérite de l’individu, que cela soit à titre civil ou militaire.

    Jusqu’en 1900, l’ordre de Saint-Vladimir, donne droit à la noblesse héréditaire à toutes les classes (et après 1900, seulement à partir de la 3eme classe). Paul ayant obtenu la 4eme classe avant 1900, toute sa descendance masculine était donc noble et ce, de manière héréditaire.

    Bref pour moi Vladimir ainsi que son pere Paul sont dans un système tsariste d’ordre, de noblesse et de tchin, comme toute la noblesse.

    En ce qui concerne les livres de généalogies, je n’en ai pas encore trouvé sur les Berednikov.

    J’avoue que je ne comprends pas bien comment Paul aurait pu ne pas apparaitre dans les livres sous pretesque qu’il aurait perdu des droits aux revenus familiaux ?

    Pour moi c’est simplement que le site donne des informations incompletes. http://www.rusarchives.ru/guide/lf_sz/archive18.shtml

    De plus les Berednikov ne sont pas « historiquement » nobles mais le sont devenus en gros au début du XIXeme siecle (contrairement à nos Volkonsky, Gagarine, etc). D’ou probablement des données plus difficile a trouver, des erreurs, des oublies, etc.

    Ca me parait plus simple comme version.

  4. Marie-Ange Jourdan

    27 mars 2016 at 20 h 54 min

    Christophe, une précision, STP : ces « classes » de décorations se comptent à l’endroit (la 1ère = la plus basse et la 4è = la plus haute) ou à l’envers (la 4è = la plus basse et la 1ère = la plus haute) ?

    En somme, c’est un système de promotions comme un prof qui passe du 7è au 8è échelon etc. ?

  5. Christophe Jamet

    27 mars 2016 at 20 h 55 min

    En gros l’ordre du plus haut au plus bas:

    1 O. de Saint André Classe unique (réservé aux tsar et a leurs copains !)
    2 O. Saint Vladimir 1ere classe
    3 O. de Saint Alexandre Nevksi Classe unique
    4 O. de l’Aigle Blanc Classe unique
    5 O. Saint Vladimir 2eme classe
    6 O. de Sainte Anne 1ere classe
    7 O. de Saint Stanislas 1ere classe
    8 O. Saint Vladimir 3eme classe
    9 O. Saint Vladimir 4eme classe
    10 O. de Sainte Anne 2eme classe
    11 O. de Saint Stanislas 2eme classe
    12 O. de Sainte Anne 3eme classe
    13 O. de Saint Stanislas 3eme classe
    14 O. de Sainte Anne 4eme classe
    15 O. de Saint Stanislas 4eme classe

    Perso je compare plutôt le tchin aux échelons des profs 🙂 et les ordres aux médailles du travail 15 ans, 20 ans, 30 ans 40 ans, (et 50 ans bientôt avec les reformes des retraites )

    Non sans rire, c’est un système (table des rangs + ordres) qui devait créer encore plus de frustrations et de jalousies que le monde du travail actuel !! (je ne comprends pas pourquoi ca n’a pas encore été remis en place dans les écoles de management et dans les grosses boites privées !) 🙂

    Pas étonnant que les révolutions soient parties de la moyenne noblesse éclairée !

  6. Christophe Jamet

    27 mars 2016 at 20 h 55 min

    Et voici l’insigne que Vladimir a reçu en 1910 pour les 75 ans du Collège Imperial de la Jurisprudence. Il n’était pas évident a trouver celui la !! 🙂

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