Huit pages écrites à la main par Frédéric Stackelberg – sans doute le début ou l’ébauche d’un texte autobiographique plus long – dont Yola avait donné à Marie-Ange la photocopie il y a plusieurs années.

I En accord avec la Nature garçons et filles doivent être élevés ensemble et pouvoir s’unir librement dès l’age de la puberté, ce qui enrayerait le fléau des déviations et dépravations telles l’onanisme, la pédérastie et le tribadisme.

II Tous les hommes et toutes les femmes sans distinction de nationalité, de race et couleur égaux, majeurs, électeurs et éligibles à 18 ans.

III Souveraineté par en bas : les élus constamment responsables devant et révocables par leurs électeurs.

IV Suppression du Sénat, symbole d’inégalité sociale et image du charlatanisme parlementaire ainsi que de la Présidence, chicot de royauté.

V Referendum. Droit d’initiative et organisation de l’action direct [sic] du peuple souverain.

VI Désarmement général.

VII Prise de possession et mise en commun du Sol et des Instruments de production.

VIII Equivalence des travaux d’utilité sociale déterminée par le temps moyen qu’exige la confection d’un objet d’échange. Ceci sous-entend la suppression de l’argent dès le début de la Révolution et son remplacement par des Carnets nominatifs qui rendront désormais impossibles le vol, l’accumulation et l’héritage.

IX Organisation du Travail pour tous les adultes valides de six heures par jour de 18 à 60 ans d’age en attendant que la production accrue permette de diminuer la période du travail de 18 à 50 ans avec 4 heures de travail par jour donnant droit à tous les etres humains sans exception à leur quote-part égalitaire sur le rendement de la collectivité humaine toute entière.

X Education intégrale. Abolition du droit de punir et notamment de la peine de mort, du bagne et de la prison et leur remplacement par une série de mesures préventives du crime, les criminels étant des fous ou des malades relevant des asiles d’aliénés et de nos soins fraternels, dette sacrée due par les valides de la société aux victimes de sa mauvaise organisation.

La société n’ayant pas le droit de punir, mais le devoir de défendre ses membres contre ceux qui sont gangrenés, nous préconisons pour les criminels invétérés un système de colonisation, où, tout en vivant en hommes libres, ils seraient soumis à une surveillance intelligente et dévouée et pourraient, après une période d’observation, dix ans au maximum, rentrer dans leur foyer et etre remis en possession de tous leurs droits civils et politiques.

Ceci est mon programme à 81 ans d’age. Il était déjà le meme quand j’avais 20 ans et il est resté tel à travers toutes les tempetes de ma vie et je suis décidé de ne pas en déplacer une virgule.

Ma Vie

Je suis né le 8 Février 1852 sur l’ile de Worms, lat 59, long 23 Est de Greenwich, jadis possession Suédoise, incorporée à la Russie par le traité de Nystadt en 1721 et qui fait partie de la République Estonienne.

Mon père né à Worms le 17 Aout 1822 et mort également à Worms le 27 Aout 1887 était le fils ainé d’une famille de 17 enfants, qui, outre l’ile de Worms, possédait encore de riches propriétés terriennes et notamment Paryenthal, Fackna et Lilienbach près de Narva à l’actuelle frontière soviétique.

Après la mort de mon grand-père, en 1846, mon père devint à son tour propriétaire de Worms.

L’ile de Worms, qui a 100 kilomètres carrés, avait à cette époque environ 2000 habitants répartis sur douze villages et rapportait à mon père, en moyenne, 50 000 francs or par an.

Climat de Worms : moyenne annuelle 4, été 16, hiver -6,5. Max 32,5, min -35 Centigrades [sic]…

Ma vie est traversée par une ligne rouge qui a été le réconfort de ma pensée.

Dès mon adolescence, dès ma 13è année je reve Démocratie, Egalité humaine, liberté de l’Amour.

Toute autorité, toute contrainte m’était insupportable [sic], l’inégalité sociale je la ressentais comme une injure personnelle.

La suppression du servage en Russie (1861) ne me disait pas grand’chose, parce que je ne voyais, je ne sentais aucun changement fondamental survenu dans le milieu dans lequel je vivais. En revanche je m’enthousiasmais pour l’émancipation des Noirs et la République des Etats-Unis que ma pensée idéalisait.

J’étais dès 1866 pour l’unité allemande démocratique de laquelle j’espérais, comme les républicains allemands de 1848, l’avènement de la République universelle.

L’exécution de l’empereur Maximilien par Juarez à Queretaro le 2 juin 1867, m’enthousiasma, mais bientot mon attention fut attirée par la France vers la grande République de 1793 avec sa fière devise Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort. Je suis resté fidèle à cette pensée à travers toute ma vie…

J’avais et j’ai la haine de la bourgeoisie.

(Ces trois derniers mots, qui devaient être écrits en haut de la page 9, ont été rajoutés au bas de la page 8)

Version manuscrite : testament-de-frederick-stackelberg