Histoire de la famille de Gueyer

Mémoires d'une famille franco-russe

Généalogie de la famille de Gueyer en Russie (Ukraine orientale)

Après la visite que lui a rendue sa fille Ariane à la maison de repos ou retraite de « Beauséjour« , à Hyères, au cours de l’été 1960, Georges de Gueyer lui a écrit quelques lettres qu’elle a conservées sans nous le dire jusqu’à ce jour. A sa demande, il lui fournit des renseignements succincts mais d’autant plus précieux sur sa famille que je recopie ci-dessous.

1er extrait (lettre du 17/9 60) :

En 1709 l’armée suédoise commandée par son roi Charles XII envahit la Russie, mais était battue par notre tsar Pierre le Grand. Toute l’armée suédoise composée par [sic] toutes les nations d’Europe se [= s’est] rendue près de Poltava. A l’époque la Russie avait grand besoin des [sic] hommes plus ou moins éduqués et Pierre le Grand a « offert » aux officiers suédois de rester à son service en Russie pour fortifier sagement ses frontières méridionales. Alors notre premier ancêtre connu était un colonel Robert de Gueyer, probablement natif du Duché de Lorraine. Il a accepté l’offre est rentré dans l’armée Russe avec son grade du colonel [sic] et une prime de 6000 hectares de bonne terre lui [a] été décernée. Les premiers descendants du colonel je ne connais pas assez pour vous parler d’eux, mais les trois derniers je les trouve dans le récit écrit par mon arrière-grand-père. Ce récit existait encore en 1915 chez ma grande-mère [sic] Catherine à Lougansk. Enfin Théodore [=Fiodor] de Gueyer était un chirurgien dans l’armée d’occupation du Caucase, son fils Jean [Ivan] de Gueyer était capitaine dans la même armée et tué en 1861, 2 mois avant la naissance de mon père.

Mon père n’était pas militaire et était un adminis[tra]teur remarquable de mon pays de Turkestan, à l’époque récemment conquis. Il a écrit la première géographie complète en 6 volumes, édité un journal, est mort jeune, à 47 [ans]. Ma mère s’appelait Olga Golenkovsky, fille d’un brave officier de hussard [sic]. C’est tout ce que je sais d’elle.

J’ai trois sœurs : Zinaide [=Zinaida], 66 ans, s’est mariée avec un officier de la Garde Impériale devenu architecte sous les bolcheviks. 2ème sœur Barbara [=Varvara], 64 ans, s’est marié avec un ami de l’enfance [sic]. 3ème Elisabeth [=Elizavetta], non mariée, occupe un poste important dans les cotons et enfin 1 frère Vladimir, avant la dernière guerre était géomètre à Samarcande.

Voilà c’est tout pour cette lettre-là.

Marie-Ange

6 Comments

  1. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 09 min

    Donc :

    – 1er ancêtre connu, début du XVIIIème siècle : colonel Robert Geyer/Geier, d’origine suédoise et/ou lorraine, c’est-à-dire germanique et non pas française ; la mention du grade de colonel conservé dans l’armée tsariste ainsi que l’assignation de « 6000 ha de bonne terre » (= tcherniozom ou terre noire) sont importantes parce qu’elles lui attribuent de facto la noblesse héréditaire, au 5ème rang, selon le fameux tchin ou « tableau des rangs » établi par Pierre le Grand.

    D’autre part, l’origine suédo-lorraine de notre famille la rapproche des Geyer d’Orth, aujourd’hui français, dont nous connaissons la généalogie par le récit – toutefois réputé imaginatif et peu fiable – du dictionnaire de la noblesse d’Aubert de la Chenaye-Desbois. Pour accepter la belle proposition de Pierre le Grand, il fallait, de toute façon, probablement, qu’il soit un cadet de famille…

    – Saut de trois ou quatre générations… Puis :

    – Fiodor Geyer/Geier, chirurgien militaire (armée d’occupation du Caucase), auteur d’un récit familial conservé au moins jusqu’au début du XXème siècle.

    – Ivan Fiodorovitch Geyer/Geier, capitaine (même armée), marié à Catherine (… ?) et tué en 1861, deux mois avant la naissance de :

    – Ivan Ivanovitch Geyer/Geier (né en1861 probablement à Lougansk/Louhansk et mort en1908 à Tachkent), ancien de Narodnaia Volia reclassé comme fonctionnaire dans l’administration coloniale (statistiques) du Turkestan, devenu géographe-ethnographe (estimé encore aujourd’hui pour ses publications) et publiciste (Russkii Turkestan), ayant le rang de « conseiller de cour » (= 7ème rang) et marié à Olga (Guorguievna ?) Golenkovskaia, elle-même fille de militaire (officier des hussards). Si nous ne faisons pas erreur sur la personne, c’est elle qui a fondé et s’est occupée d’une bibliothèque à Tachkent avant la Révolution, information qu’on peut croiser avec la rumeur familiale disant qu’elle avait écrit des histoires ou contes pour enfants (?)… Ils ont eu ensemble cinq enfants :

    1) Grigori Ivanovitch Geyer/Geier dit Georges de Gueyer, né le 29 juillet 1893 à Tachkent et mort à Hyères le 28 mars 1962, qui a épousé (à Nice, en 1918) Elena Vladimirovna Berednikova dite Nelly Bérédnikoff (née en1902 à Saint-Pétersbourg et morte à Nice en1938). Nous savons qu’il s’était rajeuni de deux ans puisque tous les papiers établis en France à son nouveau nom portent comme date de naissance le 05 mai 1895. V. mon analyse de cette date par ailleurs.

    2) Zinaida Ivanovna Geyer/Geier, née en 1894, probablement aussi à Tachkent, mariée à un officier de la Garde Impériale devenu architecte après la Révolution.

    3) Varvara Ivanovna Geyer/Geier, née en 1896, probablement aussi à Tachkent, qui s’est mariée à un ami d’enfance.

    4) Elizavetta Ivanovna Geyer/Geier, née en 1899, probablement aussi à Tachkent, non mariée, occupant « un poste important dans les cotons », dont nous savons qu’elle a été arrêtée et sans doute assassinée par la Terreur stalinienne en 1935.

    5) Vladimir Ivanovitch Geyer/Geier, né entre 1900 et 1908, probablement aussi à Tachkent, devenu géomètre à Samarcande, peut-être sous l’influence de son beau-frère architecte.

    Commentaire : un peu d’autosatisfaction, d’abord ! Malgré tous les « probablement », il est agréable de constater que toutes les pièces du puzzle glanées sur Internet au hasard et en amateur se révèlent exactes et s’emboîtent bien ensemble ! Ensuite :

    – les métiers : incontestablement une tradition militaire ; un médecin-chirurgien militaire ; un architecte et un géomètre ; un(e) cadre dans les cotons ; un fonctionnaire dans les statistiques… Des intelligences plutôt scientifiques, des intellectuels de la classe moyenne.

    – les mots de Georges de Gueyer : « Ma mère s’appelait Olga Golenkovsky, fille d’un brave officier de hussard [sic]. C’est tout ce que je sais d’elle », sont pour le moins abrupts ! Même s’il a quitté le foyer familial très tôt pour entrer en pension à l’école militaire d’Orenbourg, ne devrait-il pas en savoir un peu plus sur la famille de sa mère ?

  2. Thierry de Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 09 min

    Quelques interrogations à propos de notre ancêtre Robert de Gueyer :

    S’il vient du Duché de Lorraine, que faisait-il avec les Suédois dans cette « Grande Guerre du Nord » ? Les suédois avaient bien attaqué le Duché en 1635 mais la liaison avec des évènements du début du 18ème n’est pas évidente.

    L’autre point concerne son grade de colonel. Il s’agit du grade le plus élevé parmi les officiers supérieurs qui donne autorité sur un régiment. Il s’agissait d’une charge achetable que seules les riches familles pouvaient s’offrir. Outre cette charge, ces familles devaient également entretenir leur régiment. Que savons-nous sur cette famille de Gueyer de Lorraine qui pouvait offrir un régiment à l’un des siens ? Et quel était ce régiment ?

  3. Thierry de Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 10 min

    Maksim Rosenkov, docteur en histoire, a réalisé sa thèse en 2013 sur la Grande guerre du Nord et le destin des suédois en Biélorussie et en Russie. Cette thèse est intéressante à lire. Elle est disponible à l’adresse suivante : http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/94/45/88/PDF/Rozenkov_Maksim_2013_ED520.pdf

  4. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 10 min

    J’essaie de répondre aux deux questions :

    1- Le Duché de Lorraine faisait partie du Saint Empire Romain Germanique, ensemble de territoires où l’armée de Charles XII recrutait nombre de mercenaires que l’on qualifie d’ »Allemands » (nom générique) – souvent luthériens, ce qui était apprécié des Suédois – à côté des Polonais, Baltes et Scandinaves. L’origine lorraine de ce Robert Geier/Geyer est peut-être pure légende familiale mais elle n’est pas incompatible, en tout cas, avec le récit de ses descendants russifiés.

    2- Il ne semble pas que l’armée suédoise ni l’armée russe aient été organisées comme sous l’Ancien Régime français. D’après les sites d’histoire que j’ai pu consulter, l’attribution de terres visait justement à rendre les officiers capables d’entretenir leurs hommes… Mais je n’en sais pas plus.

    La thèse de Maksim Rosenkov citée par Thierry dans son « journal » est très instructive à parcourir et très amusante aussi ! Elle corrobore ce qui est rapporté succinctement par Georges de Gueyer.

  5. Marie-Ange Jourdan-Gueyer

    27 mars 2016 at 22 h 11 min

    Dans les listes d’étrangers en Russie constituées par Erik Amburger à l’Université de Regensburg, on trouve des Gejer (05 noms), Geyer (02 noms), et aussi Heyer (10 noms). Or j’ai trouvé que l’un, au moins, des ancêtres dont parle Georges de Gueyer dans sa lettre à Ariane (du 17/9 60), son arrière-grand-père Fiodor, « médecin d’état-major dans l’armée d’occupation du Caucase », pourrait figurer parmi eux : sa fiche, qui porte le n°59267 (oid : 60173), nous donne les renseignements que voici :

    http://dokumente.ios-regensburg.de/amburger/index.php?id=59267

    Geschlecht : männlich Nachname : Gejer Russische Vornamen : Fedor ursp. Nation : Deutscher Ausbildung(1) land : Rußland bildungsabschluss : Arzt belegt : 0.0.1809 Lebensweg(1) stammland : Rußland beruf : Don-Heer Ehren(1) land : Rußland belegt : 0.0.1822 ehren : Anna-Orden III.Kl. Rang(1) land : Rußland rang : Stabsarzt belegt : 0.0.1822 Rang(2) land : Rußland von-ab : 0.0.1823 rang : Hofr. Quellen(1) bezeichnung : Med.spisok fundstelle : 1809, 23 ; 1822, 33 Quellen(2) bezeichnung : Voenn.med.ž. fundstelle : 1823, 292

    Soit : Geyer Fiodor, d’origine allemande, formation en Russie : médecin (1809 ?). Carrière en Russie : armée du Don. Décoration : 1822, ordre de sainte-Anne IIIè classe. Rang : chirurgien, 1822. A partir de 1823, conseiller de cour (7è rang du Tchin = lieutenant-colonel).

    Ailleurs, dans les mêmes listes, on trouve une autre fiche, qui porte le n° 59346 (oid : 60252), et qui me semble décrire le même homme, ayant avancé dans sa carrière, sept ans plus tard :

    http://dokumente.ios-regensburg.de/amburger/index.php?id=59346

    Geschlecht : männlich Nachname : Geyer ursp. Nation : Deutscher Lebensweg(1) stammland : Rußland beruf : Arzt d. Don – Kosakenheeres Rang(1) land : Rußland von-ab : 0.0.1830 rang : Koll.Rat Quellen(1) bezeichnung :Voenn.med.Ž. fundstelle : 16, 1830, 302

    Soit : Geyer (pas de prénom), d’origine allemande. Carrière en Russie, médecin dans l’armée des Cosaques du Don. Rang : à partir de 1830, conseiller de collège (6è rang du Tchin).

    Du point de vue de la succession des générations, les quelques dates indiquées pourraient très bien concorder avec ce que nous savons des ancêtres énumérés par Georges de Gueyer : ce Fiodor médecin dans l’armée du Don pourrait bien avoir eu un fils né entre 1820 et 1830, disons, et qui serait Ivan Fiodorovitch Geyer, le capitaine tué en 1861 (ou 1860 ?), juste avant la naissance d’Ivan Ivanovitch Geyer…

    NB 1. La fiche suivante (n° 59347) signale encore un Johann Karl Geyer, « Dr med. », 1822, mais il n’est pas identifié comme militaire. Et ses prénoms semblent indiquer une origine allemande plus récente (?).

    NB 2. Bien sûr, dans ces listes on trouve aussi des (von) Stackelberg et des (von) Ganskau…

  6. Thierry de Gueyer

    28 mars 2016 at 8 h 02 min

    En réponse à une deuxième lettre d’Ariane, son père lui écrit notamment :

    2ème extrait (lettre du 10/11 60) :

    J’ai eu le plaisir d’apprendre que Oleg a trouvé des traces de la famille de Gueyer et son blason. Il y a de la chance [sic] que ce soit la même chose : ma grande-mère m’a parlé que [sic] un de nos ancêtres faisait partie de l’armée de Godefroy IV de Bouillon duc de Lorraine, chef de la première croisade enfin c’est mieux de ne pas parler de choses qui sont cachées dans les siècles. Quant à blason [sic] je l’ai vu mais je me rappelle seulement de plumes d’autruche blanches parsemées sur quelque chose [de] rouge et beaucoup d’autres choses.

    Marie-Ange

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