Religion, Mariage, Famille, Patrie, Etat sont les institutions millénaires et sacro-saintes nées de l’ignorance et de la peur qui scindent la nature humaine en deux facteurs hostiles, le corps et l’esprit, établissent une morale d’hypocrisie et de contrainte, perpétuent le passé en maintenant la femme sous le joug de l’homme et les enfants, inégaux en droits selon qu’ils naissent naturels ou légitimes, sous l’autorité des parents, parquent l’humanité en nations et en races ennemies et cimentent artificiellement notre monstrueuse société, par l’organisation méthodique de la répression, de la coercition et d’une tyrannie astucieuse et implacablement féroce.

Toutes les cruautés et toutes les férocités, la soumission et l’esclavage, la misère et la faim, sont déterminées par la hiérarchie sociale et l’inégalité entre les hommes qui a sa source dans l’antagonisme des intérêts, dans le régime de la propriété privée, créateur de gouvernants et de gouvernés, d’exploiteurs et d’exploités, de riches et de pauvres.
La Révolution de 1789, très belle mais trop superficielle, n’a proclamé que l’égalité des droits, l’égalité morale. Elle est restée lettre morte. Elle n’a rien donné et il en sera toujours ainsi jusqu’à ce que l’égalité des droits soit consacrée par l’égalité de fait, l’égalité économique.

Un des précurseurs des moins utopistes et qui fut le plus profondément humain du XVIIIème siècle, l’ami du peuple, Jean-Baptiste Marat, a résumé dans son Plan de Constitution, l’intuition sublime de toute la vérité et de toute la sagesse en écrivant : « Le but n’est pas de changer le vrai pour du nouveau, mais de le constater par une application toujours plus radicale ».
Et plus loin cette pensée qui, réalisée, assurerait pour toujours la paix, le bonheur et la prospérité pour tous :« La nature a donné à chacun de ses enfants des aptitudes différentes quant à l’espèce, mais non inégales en valeur sociale ».

La mise en pratique de cette vérité fondamentale sera la fin de tous nos préjugés et de toutes les injustices, parce qu’elle soudera dans une solidarité étroite et universellement consentie, la volonté, l’action et la réalisation humaine par la prise de possession et la mise en commun de la planète, de son sous-sol, son sol, son sur-sol et de tous les instruments de production, œuvre collective de l’humanité présente et de toutes les générations qui nous ont précédées sur la rondeur de notre monde sublunaire ; par l’équivalence de tous les travaux, manuels et intellectuels qui s’étayent et se complètent mutuellement ; et par l’assurance pour chacun et chacune de recevoir sa quote-part égalitaire sur le rendement social.

Ceci, qui réalisé nous paraîtra aussi simple et facile qu’à Christophe Colomb de faire tenir debout son œuf légendaire, après lui avoir brisé sa coquille, s’accomplira tout naturellement par la solidarisation de la production et de la consommation. Ce sera la fin de tous nos penchants esclavagistes pour une morale imposée, de l’obligation du travail renouvelée de la foi chrétienne de l’apôtre saint Paul et de la pratique du bagne ainsi que du fameux stimulant homicide, qui n’est qu’une forme de l’exploitation humaine, la concurrence.

L’égalité économique, clé de voûte d’une humanité régénérée, porte en elle sa propre loi, assure la continuité du travail volontaire dans l’intérêt de chacun, désormais solidaire de l’effort de tous et élève, également dans l’intérêt de tous et de chacun, le rendement social au maximum.

L’égalité économique, qui est l’Egalité intégrale, ouvrira à l’humanité renouvelée des perspectives insoupçonnées et illimitées de liberté, de prospérité et de bonheur.

– Frédéric STACKELBERG