L’Erreur mortelle de la guerre de 1914 est d’opposer la psychologie à la physiologie et d’affirmer la faillite des sciences exactes et de la philosophie unitaire et matérialiste.

Carl Marx avec son déterminisme historique et économique est devenu le bouc émissaire de tous les pêchés d’Israèl.

On reproche à Carl Marx sa tentative d’introduire dans le domaine sociologique ce qui est considéré comme acquis dans l’astronomie depuis Copernic, Galilée, Newton, Kepler et Laplace et en biologie et anthropologie depuis Goethe, Lamark, Darwin et Haeckel.

Carl Marx n’est certes pas infaillible. Sa donnée a besoin d’être rectifiée et completée, mais ses adversaires socialistes, Proudhon et Bakounine sont restés, le premier avec son système mutualiste, dans la bourgeoisie et le second dans un communisme sentimental, vague et nebuleux.

Aujourd’hui on oppose, en se servant de Marx comme levier de guerre, la pensée allemande à la pensée française.

On oublie volontairement que Baboeuf a été un précurseur du communisme militant et que la lutte de classe s’est affirmée à travers toute l’histoire humaine et nulle part d’une façon aussi palpable comme dans la France de 93 par le cri les aristo à la lanterne et dans la Rome antique par les guerres épiques entre Plébéiens et Patriciens !!

Tous les raisonnements psychologiques ne prévalent pas contre ces faits.

Et quand notre ami Malato veut diviser les hommes selon leurs tempéraments il commet une erreur impardonnable.

Souvent je l’ai entendu opposer Mirabeau, Danton, Gambetta et Jaurès à Robespierre et Marat.

Cela ne prouve rien et les mêmes tempéraments se trouvent dans tous les partis et toutes les races.

Il y a dans les partis réactionnaires français des tempéraments analogues à ceux de Danton et Robespierre comme il y en a en Allemagne et en France.

L’alliance de l’Angletterre avec la Russie, de la Bulgarie avec l’Allemagne ainsi que le lachage de l’Irlande celte par la France prouve péremptoirement que la guerre de 1914 n’est pas le fait des affinités et des incompatibilités de race, mais qu’elle est déterminée par des rivalités économiques qui peuvent et doivent disparaître par et dans la solidarisation de la production mondiale, qui sera l’application moniste aux rapports économiques entre les hommes.

Frédéric Stackelberg.

(02 juillet 1916)*

*Lettre reproduite telle quelle (sans corrections orthographiques) d’après la version parue dans le recueil « Nous crions grâce », 154 lettres de pacifistes, juin-novembre 1916, présentées par Thierry Bonzon et Jean-Louis Robert, collection Mouvement Social, Les Editions Ouvrières (12, avenue de la Sœur-Rosalie, 75621 Paris cedex 13), Paris, 1989. Lettre n° 99, classée dans II. De l’arrière, II.1. Les militants, p.136. La date n’apparaît pas après la signature mais dans la ‘table des lettres’, au début de l’ouvrage : 99. F. Stackelberg (34), 2 juillet 1916.