Mon grand-père, Georges de Gueyer, est arrivé en France en 1916 avec des brigades russes venues combattre en France. Ce film retrace l’histoire particulière de ces soldats de 1916 à 1918.

Fin 1916, les gouvernements russes et français ont conclu un accord : des troupes contre des armes. Dès le printemps 1916, une première brigade est envoyée sur le front français. Trois autres suivront à l’été 1916 dont deux qui iront combattre sur le front oriental (Macédoine). Georges, lui, est dans la 3ème brigade qui ira combattre en France.

Cette 3ème brigade part du port d’Arkhangelsk au nord de la Russie sur la mer Blanche au mois de juillet 1916 et arrive à Brest le mois suivant. Après un séjour à Marseille (il semble que cette brigade était destinée initialement au front oriental), les 10 000 hommes se retrouvent à Mailly le Camp dans l’Aube en septembre 1916. Après une instruction au maniement des armes françaises, les 5ème et 6ème régiments d’infanterie russe relève la 1ère brigade sur le secteur de Ludes, à l’est de Reims, dés le milieu du mois d’octobre 1916. Ils vont y rester jusqu’au début du mois de mars 1917. Ils mèneront des combats féroces pour le contrôle d’Auberive, Même si le secteur est considéré comme calme, chaque journée apporte son lot de souffrances. A partir de la fin janvier 1917, les combats s’intensifient. Le froid, les bombardements et les gaz occasionnent de lourdes pertes. Au mois de mars, les corps à corps à la baïonnette sont fréquents dans les tranchées. Fin mars, les russes sont relevés et partent se reposer quelques jours avant l’offensive Nivelle.

Le coeur de l’offensive Nivelle se situe sur le Chemin des Dames dans l’Aisne au nord de la ligne qui relie Soissons à Reims. La 1ère brigade russe est en première ligne à l’est de Chemin des Dames avec l’objectif de prendre le village de Courcy. Les 3ème brigade est initialement placée en réserve. La météo est exécrable : La pluie, la neige et surtout le brouillard obligent le commandement français à retarder l’attaque. le 16 avril, l’attaque est lancée sur toute la ligne de front. Les hommes tombent sous le feu des mitrailleuses et des obus ennemis. Deux jours plus tard, la moitié de la 1ère brigade est hors de combat. Mais le village de Courcy a été pris. Ce sera l’une des rares conquêtes de cette offensive meurtrière.

La 3ème brigade monte en première ligne face au mont Spin et au village de Sapigneul. L’attaque est lancée le 19 avril sur le mont Spin dont les troupes russes s’emparent après des combats acharnés. Mais, menacés sur leurs flancs, les russes sont obligés de se replier sur leur position de départ en fin de journée.

Les quatre régiments sont cités à l’ordre de l’armée.

Mais le moral des hommes est au plus bas : les mutineries des unités françaises et les nouvelles de la révolution russes (le tsar vient d’abdiquer) arrivent aux oreilles des hommes des deux brigades. La 1ère brigade semble plus touchée que la 3ème où les hommes obéissent encore à leurs chefs. Pour éviter une contagion, les deux brigades sont envoyées à l’arrière dans la Creuse au Camp de La Courtine. Elles y arrivent entre le 26 juin et le 5 juillet 1917.

Rapidement la situation se dégrade. La 3ème brigade, encore saine, est éloignée du camp puis envoyé au camp de Courneau en Gironde. La situation continue à se tendre durant les mois d’été. Les soldats sont maîtres du camp. Les français demandent à l’Etat-Major russe de trouver une solution et de faire revenir le calme. Malgré des négociations avec des émissaires du gouvernement Kerensky, les hommes ne veulent pas rendre les armes. Les autorités décident d’intervenir par la force. Un détachement sûr est constitué au sein de la 3ème brigade. Le 16 septembre, l’assaut est lancé sur le camp de la Courtine. Trois jours plus, le 19, les derniers mutins se rendent.

Les brigades sont dissoutes. Les meneurs sont jugés et envoyés en prison. La plupart des soldats sont envoyés réaliser des travaux publics en France métropolitaire ou en Afrique du Nord. Quelques officiers décident de poursuivre le combat et, sous l’impulsion du colonel Gothua, se regroupe en une Légion russe pour l’honneur. Ces légionnaires russes rejoignent le Division Marocaine et participent à différents combats jusqu’à l’armistice du 1 novembre 1918.

De Moscou à Verdun par historiamemoriamedia