Famille de Gueyer

Mémoires

Quand Max Gallo parle de son père et de sa rencontre avec Frédéric Stackelberg

Lorsque Max Gallo préparait La Baie des Anges, il avait pris contact avec les membres survivants de notre famille Bérédnikoff : notre grand-tante Zika (Zénaide) Bérédnikoff, épouse Jamet (née en 1906) qui se souvenait assez bien de Stackelberg (puisqu’il est mort en 1934) et aussi notre oncle Boris de Gueyer (né en 1924). Mais ni l’un ni l’autre n’avait pu lui raconter grand-chose hormis le « mythe » que celui-ci représentait dans notre famille. En outre, notre oncle avait tendance à attirer Stackelberg dans la mouvance communiste, se plaisant à évoquer Virgile Barel et le congrès de Tours… Cependant Max Gallo s’opposait fortement à cette interprétation idéologique. Si bien que le « Prince de Karenberg » qui arpente le vieux Nice dans son roman est un personnage idéalisé, plus romantique… 


Quant à ma tante, Ariane de Gueyer, épouse Jourdan (née en 1920), elle se rappelait seulement un « petit vieux » qui venait de temps en temps le dimanche déjeuner en famille… Sa réputation de « coureur » était bien connue dans la famille et, lorsque mon cousin Christophe Jamet, petit-fils de Zika, a retrouvé les descendants de la fille naturelle de Stackelberg, ma tante n’a pas été surprise et, même, « ça lui disait quelque chose ». Ces descendants, contactés par geneanet, je crois, n’ont malheureusement jamais répondu à nos tentatives de contact…

Le portrait de Stackelberg le plus près de la réalité que Max Gallo ait tenté de brosser est celui qui apparaît dans un petit récit-hommage à son propre père (surnommé « Jé »), livre qui est encore commercialisé sur ebay qu’on trouve ici

Comme Marie-Ange l’avait raconté, Max Gallo, sur le modèle Chateaubriand/Napoléon, a construit son récit en opposant systématiquement le vieil apparatchik Barel à l’authentique militant idéaliste et pédagogue Stackelberg, qu’admirait tant son père. Il y insiste sur le fait que Stackelberg, communiste idéalement, a néanmoins pris conscience assez vite du danger stalinien.

Stackelberg a essayé de se frayer un chemin difficile entre, d’un côté, les anarchistes et socialistes libertaires tels que ceux de La Revista Blanca et, de l’autre, les communistes orthodoxes dépendant du PCF dépendant de Moscou par Komintern interposé.

Max Gallo : « … Il avait eu au surplus la chance de rencontrer un baron balte jadis richissime, qui avait connu Lénine et avait donné à ses moujiks toutes ses propriétés, des milliers d’hectares. Déçu par la Révolution, le baron était devenu un semi-clochard sur la Côte d’Azur, à Nice. Étonnant personnage, à la fois astronome, joueur d’échecs, lecteur de Nietzsche, que mon père, pas encore marié, avait reçu chez lui. Il a instruit mon père, lequel chantait L’Internationale en levant le poing, mais allait vite se définir comme un communiste libertaire, où le mot libertaire serait le plus important. Cette éducation par le baron l’a mis en contact avec des réalités différentes de celles d’un ouvrier qui aurait été simplement révolutionnaire, si bien qu’il n’a jamais été un fanatique. Mon père pensait univers, étoiles. Le baron l’avait même convaincu de l’importance d’être végétarien ! »

Entretien  publié dans Le Figaro à l’occasion de la sortie du livre : « L’oubli est la ruse du diable », Mémoires de Max Gallo, de l’Académie française. Edition XO.

1 Comment

  1. Remarquons que Max Gallo se trompe ou rend la figure de Stackelberg encore plus romanesque qu’il ne l’était en racontant que celui-ci avait « distribué ses terres à ses moujiks ». En vérité, sa mère et lui-même désirant continuer à vivre en France, après la mort du baron Otto von Stackelberg (son père), Frédéric a réalisé leur fortune et l’a placée pour obtenir une rente, plus que probablement dans les banques russes puisque c’est Nathalie Bérédnikoff, née Scobeltzine, qui se chargeait d’envoyer à sa tante les intérêts depuis Saint-Pétersbourg (cf corr. Bér.).

    On peut lire cette nouvelle parue dans le journal La Lanterne du lundi 30 juin 1890, page 2, 1ère colonne :

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7505545g.r=Stackelberg?rk=42918;4

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7505545g/f2.item.r=en%20russie.zoom

    dont voici le texte recopié :

    En Russie, vente de l’île de Worms

    Saint-Pétersbourg, 16/28 juin 1890 – L’Empereur Alexandre III vient d’acheter à la veuve du baron Otho de Stackelberg, pour la somme de 350 000 roubles, l’île de Worms qui se trouve dans le gouvernement d’Estonie. Cette île, qui est une des plus grandes propriétés des provinces baltiques, possède huit petites villes et villages.
    Il y a quelques années, le gouvernement anglais voulut acheter cette île à son propriétaire, pour 25 millions de francs, afin d’y installer une station de charbon. Le t[z]sar n’a pas donné son consentement. Le fils de feu [le] baron Otho de Stackelberg, le jeune baron Féodor Stackelberg, vit à Paris très modestement et ne s’occupe que de littérature.

    L’erreur – volontaire ou non ? – sur le prénom provient du fait que Stackelberg, à cette époque, collabore justement « sous le nom de Feodor Lienhart au journal La Lanterne » (https://maitron.fr/spip.php?article156129). Cet entrefilet qui rapporte une nouvelle insignifiante et sans aucune raison d’être dans un journal fortement marqué républicain semble donc une plaisanterie pour initiés… soulignée, comme par hasard, par l’usage du titre de noblesse : « le jeune baron » n’étant, du reste, pas si jeune que ça puisque Frédéric/Féodor a déjà 38 ans !
    L’ironie est d’ailleurs soulignée par « ne s’occupe que de littérature » ! Mais cela n’empêche pas la nouvelle d’être vraie dans les faits.

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